AccueilExpressions par MontaigneDix ans de politiques de diversitĂ© : quel bilan ? Nouveau rapportLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne SociĂ©tĂ©11/09/2014ImprimerPARTAGERDix ans de politiques de diversitĂ© : quel bilan ? Nouveau rapportAuteur Institut Montaigne L'Institut Montaigne dresse un bilan des politiques de lutte contre les discriminations mises en ?uvre en France dans un nouveau rapport visant à promouvoir la diversité et à lutter contre les discriminations dans l'éducation et dans l'emploi. Dix ans après son rapport Les oubliĂ©s de l’égalitĂ© des chances et le lancement de la Charte de la diversitĂ©, un constat s’impose : mĂŞme si beaucoup reste encore Ă faire, les discriminations liĂ©es Ă l’âge, au genre et au handicap ont fait l’objet d’une vĂ©ritable prise de conscience, grâce Ă la mise en place de politiques Ă©valuĂ©es et chiffrĂ©es. Ă€ l’inverse, en ce qui concerne la lutte contre les discriminations concernant l’origine, la France reste trop souvent "aveugle" – au dĂ©triment de sa cohĂ©sion sociale. Fruit des rĂ©flexions d’un groupe de travail placĂ© sous la prĂ©sidence de Jean-Louis Chaussade, directeur gĂ©nĂ©ral de Suez Environnement et composĂ© de femmes et d’hommes reprĂ©sentants de grands groupes pionniers dans les politiques de diversitĂ©, de chercheurs, de reprĂ©sentants d’associations et d’acteurs de l’enseignement supĂ©rieur, ce rapport propose des leviers d’action pour ouvrir une nouvelle Ă©tape des politiques de diversitĂ© dans notre pays.Les discriminations prennent de l’ampleur mais les politiques de lutte restent insuffisantes.Si beaucoup reste encore Ă faire, des avancĂ©es notables ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es pour limiter les discriminations liĂ©es au sexe, Ă l’âge et au handicap dans l’éducation comme dans l’emploi. L’utilisation d’outils de recensement et de mesure a Ă©tĂ© dĂ©cisive pour ces progrès.Ă€ l’inverse, la difficultĂ© qu’ont les employeurs Ă mesurer l’efficacitĂ© de leurs actions limite l’efficacitĂ© des politiques de lutte contre les discriminations et de promotion de la diversitĂ© ethnique. Une forte pression pèse sur les entreprises qui doivent lutter, sans pour autant avoir les moyens de le faire, contre des discriminations créées très en amont du marchĂ© de l’emploi. En effet, les politiques de diversitĂ© ont pour objectif de corriger des discriminations issues des inĂ©galitĂ©s subies tout au long de la scolaritĂ©.Or, les critères de discrimination concernant l’origine, bien que perçus comme majeurs, restent probablement les plus mal connus. En effet, depuis la dĂ©cision du Conseil constitutionnel du 15 novembre 2007, le principe d’interdiction de collecte et de traitement des donnĂ©es sensibles est en vigueur en France. S’il n’exclut pas toute possibilitĂ© d’étude et ouvre la voie, dans un cadre rĂ©glementĂ©, Ă l’utilisation de donnĂ©es objectives telles que le lieu de naissance des parents ou le "ressenti d’appartenance", les entreprises tardent Ă se saisir des outils de mesure qui sont Ă leur disposition.Faute de mesures, les politiques en faveur des minoritĂ©s ethniques ne peuvent plus progresser.La promotion de la diversitĂ© ethnique souffre ainsi du manque de donnĂ©es, qui rend difficile l’évaluation des dispositifs de lutte contre les discriminations. Les entreprises et les administrations peuvent avoir recours Ă des outils indirects, par exemple sur une base dĂ©clarative ou par l’usage du patronyme. Cependant, mĂŞme si le cadre lĂ©gal des politiques de lutte contre les discriminations s’est Ă©toffĂ©, il apparaĂ®t que les donnĂ©es collectĂ©es ne permettent pas encore d’apprĂ©hender ni l’ampleur ni la rĂ©alitĂ© des discriminations ethniques.Les inĂ©galitĂ©s subies depuis la petite enfance pèsent sur la cohĂ©sion nationale.Si de nombreuses discriminations ont lieu dans le secteur de l’emploi, celles-ci sont en partie la consĂ©quence d’inĂ©galitĂ©s subies dès l’école. En particulier, les discriminations liĂ©es Ă l’origine, qui se doublent souvent de discriminations sociales, jouent dès la petite enfance et contribuent Ă placer les individus issus de l’immigration en situation d'Ă©chec vis-Ă -vis du système scolaire puis du marchĂ© de l’emploi.Dans le champ Ă©ducatif, la notion de diversitĂ© fait Ă©cho Ă la mission mĂ©ritocratique du système scolaire et, pour cette raison, est presque exclusivement traitĂ©e sous l’angle de la diversitĂ© sociale. De mĂŞme, dans l’enseignement supĂ©rieur, les initiatives se concentrent Ă©galement sur la diversitĂ© sociale et sont multiples et Ă©clatĂ©es. L’universitĂ© française ne s’ouvre que très lentement aux problĂ©matiques de promotion de la diversitĂ©.La fin de cette "invisibilitĂ© statistique" est devenue une nĂ©cessitĂ©. Les propositions qui suivent se dĂ©clinent en trois axes : inciter Ă mesurer la diversitĂ©, agir dans l’entreprise et agir dans le système d’enseignement primaire, secondaire et supĂ©rieur.PROPOSITIONSI. Le rapport de l’Institut Montaigne propose ainsi de renforcer la mesure de la diversitĂ© ethnique dans le cadre professionnel et de lutter contre les discriminations liĂ©es Ă l’origine :- en incitant les employeurs (entreprises et administrations) Ă collecter et traiter des informations relatives Ă l’origine ethnique de leurs employĂ©s, notamment sur une base auto-dĂ©clarative, dans un cadre Ă mĂŞme de garantir la protection et l’anonymisation des donnĂ©es personnelles et en concertation avec les organisations syndicales (en s’appuyant notamment sur les outils dĂ©taillĂ©s dans le guide co-Ă©ditĂ© par la CNIL et le DĂ©fenseur des Droits). Ces prĂ©cautions pourraient prendre exemple sur les organismes publics tels l’INSEE ou le CREST qui utilisent un centre sĂ©curisĂ© d’accès Ă distance, leur permettant de stocker et travailler sur des donnĂ©es dont ils ne peuvent extraire la source.- en demandant aux administrations et Ă tous les employeurs publics de mesurer la diversitĂ© de leur personnel (a minima pour les critères suivants : âge, sexe, origine, handicap) et de publier ces rĂ©sultats de façon annuelle.- en formant les managers aux enjeux de la diversitĂ© : un facteur clĂ© de succès des politiques de diversitĂ© est la sensibilisation du management. La promotion de la diversitĂ© doit ĂŞtre incluse dans les critères d’évaluation et de rĂ©munĂ©ration des managers.- en mettant en place un rĂ©fĂ©rentiel commun de reporting afin d’encourager les entreprises Ă poursuivre leurs efforts de transparence et de publicitĂ© de leurs politiques de diversitĂ©.- en permettant aux PME un engagement "global" pour la promotion de la diversitĂ© en leur proposant de choisir deux Ă trois objectifs prioritaires Ă mettre en Ĺ“uvre parmi une liste préétablie.II. L’Institut Montaigne propose de renforcer la diversitĂ© dans le domaine de l’éducation :- en agissant dès la petite enfance et l’école primaire pour renforcer l’égalitĂ© des chances Ă travers :> le dĂ©veloppement dès le plus jeune âge de l’apprentissage des capacitĂ©s cognitives et langagières ;> l’augmentation du taux d’accueil collectif des enfants de moins de trois ans ;> la formation des professionnels de la petite enfance aux outils stimulant le dĂ©veloppement cognitif et langagier.- en affirmant l’obligation de formation continue des enseignants du primaire en enrichissant la carte des formations afin de prendre en compte les apports les plus rĂ©cents en matière de lutte contre l’échec scolaire.- en sensibilisant, dans l’enseignement secondaire, les Ă©lèves et Ă©quipes pĂ©dagogiques Ă la diversitĂ© des parcours de rĂ©ussite.- en demandant aux Ă©tablissements de produire un bilan annuel de la diversitĂ© de leurs Ă©tudiants et de rĂ©aliser des Ă©valuations indĂ©pendantes des initiatives mises en place.Consulter le rapport et nos propositionsRetrouvez et partagez nos infographies sur les rĂ©seaux sociauxLire dans L'Opinion :Discriminations : l'Institut Montaigne tire la sonnette d'alarmeL'Institut Montaigne sonne l'alarme sur les minoritĂ©s ethniques au travailDiscrimination : "Les entreprises et les administrations progressent quand elles savent mesurer" ImprimerPARTAGER