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De l’importance d’articuler développement durable et compétitivité

De l’importance d’articuler développement durable et compétitivité
 Iana Dreyer
Auteur
Chercheuse associée à l’Institut Montaigne



Dans le cadre du débat sur la transition énergétique qui s’ouvre aujourd’hui, une note de l’Institut Montaigne récemment parue formule trois séries de propositions pour permettre, à l’heure de la hausse des coûts de l’énergie, de mieux concilier développement durable, compétitivité économique et sécurité des approvisionnements énergétiques.

A l’heure oĂą s’ouvre un dĂ©bat national sur la transition Ă©nergĂ©tique, il est important de rappeler les principes qui doivent fonder une politique de l’Ă©nergie efficace et acceptable. Celle-ci doit permettre de concilier trois objectifs : assurer des prix compĂ©titifs, tant pour la consommation individuelle que pour les usages professionnels ; rendre fiables les sources et les circuits d’approvisionnement d’Ă©nergies primaires et secondaires ; rĂ©duire les nuisances Ă  l’environnement et notamment l’impact sur le risque climatique. Les orientations de la politique Ă©nergĂ©tique devront reposer sur des choix explicites, fondĂ©s sur un constat lucide et sur une analyse prĂ©cise des consĂ©quences, bĂ©nĂ©fices et coĂ»ts qui doivent ĂŞtre assumĂ©s.

Une note de l’Institut Montaigne publiĂ©e ce mois-ci constate que les politiques Ă©nergĂ©tiques tant en France comme en Europe, sont actuellement dĂ©sĂ©quilibrĂ©es, au dĂ©triment de la compĂ©titivitĂ© et des enjeux de rĂ©duction des vulnĂ©rabilitĂ©s dans nos approvisionnements Ă©nergĂ©tiques. Surtout, une hausse tendancielle des coĂ»ts de toutes les Ă©nergies pose un rĂ©el dĂ©fi Ă  l’Ă©conomie europĂ©enne, dĂ©jĂ  fortement malmenĂ©e par la crise. Cela demande une reconsidĂ©ration des prioritĂ©s des politiques Ă©nergĂ©tiques en France comme en Europe.

Cette note formule trois séries de propositions, présentées brièvement ci-dessous, pour assurer une politique énergétique ambitieuse et équilibrée.

  • Assurer la vĂ©ritĂ© des prix de l’Ă©nergie


La maĂ®trise de la consommation et des coĂ»ts de l’Ă©nergie devra ĂŞtre au centre des politiques Ă©nergĂ©tiques Ă  venir. Ainsi il s’agit, de mettre fin, en France, aux « prix politiques Â» de l’Ă©nergie pratiquĂ©s actuellement pour les mĂ©nages, afin de mieux inciter les consommateurs aux Ă©conomies d’Ă©nergie. La "prĂ©caritĂ© Ă©nergĂ©tique" affectant les plus dĂ©munis doit quant Ă  elle ĂŞtre traitĂ©e par des politiques sociales ciblĂ©es – et non par les prix. Un recensement des dĂ©penses publiques en matière d’Ă©nergie – du soutien Ă  la recherche et dĂ©veloppement (R&D) aux subventions des investissements – mĂ©riterait aussi d’ĂŞtre effectuĂ©, et une culture de l’Ă©valuation des politiques publiques par des experts et des institutions indĂ©pendantes rendue plus systĂ©matique.

  • Faire la politique de l’Ă©nergie un levier de compĂ©titivitĂ©


Les besoins en financement du secteur Ă©nergĂ©tique seront massifs dans les prochaines annĂ©es, notamment pour financer le renouvellement du parc nuclĂ©aire, dĂ©velopper les rĂ©seaux Ă©lectriques "intelligents", trouver de nouvelles sources d’Ă©nergie, permettre l’Ă©mergence de technologies innovantes, de moteurs et centrales thermiques moins Ă©missifs, ou encore rendre les Ă©nergies renouvelables plus compĂ©titives. Les financements publics joueront dĂ©sormais un rĂ´le plus limitĂ©, la pression sur les finances publiques Ă©tant très forte. Pour cela, il est nĂ©cessaire de mettre en place et de garantir un cadre juridique et administratif stable, lisible et cohĂ©rent pour les investisseurs privĂ©s et l’Ă©pargne longue.

Ouvrir la possibilitĂ© d’exploiter des ressources naturelles sur le sol national fait aussi partie de cette approche. La dĂ©cision d’interdire l’exploration de nos ressources en gaz de schiste doit ĂŞtre remise en question, au profit de recherches encadrĂ©es destinĂ©es Ă  minimiser les risques environnementaux.

Plus globalement, il s’agit de renforcer nos filières d’excellence dans le secteur de l’Ă©nergie et de permettre le dĂ©ploiement de nouvelles filières compĂ©titives au service d’une Ă©conomie moins carbonĂ©e, par des politiques de recherche et du dĂ©veloppement (R&D) ciblĂ©e sur les activitĂ©s les plus innovantes.

  • Faire avancer l’Europe de l’Ă©nergie


Les grandes orientations des politiques Ă©nergĂ©tiques doivent ĂŞtre communautarisĂ©es. L’objectif d’une politique Ă©nergĂ©tique europĂ©enne ne rĂ©side pas dans une uniformisation des bouquets Ă©nergĂ©tiques nationaux, mais dans une rĂ©flexion en commun, pour une meilleure articulation des prioritĂ©s nationales et la dĂ©finition d’un modèle europĂ©en Ă  moyen et long terme. Ceci peut impliquer d’avancer non pas Ă  27 ni dans tous les domaines Ă  la fois, mais avec un groupe d’Etats membres plus restreint.

Un marchĂ© Ă©nergĂ©tique unifiĂ© permet de crĂ©er des Ă©chelles favorables Ă  la compĂ©titivitĂ© des filières Ă©nergĂ©tiques traditionnelles et nouvelles. Ainsi, la libre circulation du gaz et de l’Ă©lectricitĂ© dans l’Union europĂ©enne, loin d’ĂŞtre encore une rĂ©alitĂ©, doit ĂŞtre garantie. Une rĂ©forme et harmonisation des mĂ©canismes de soutien Ă  l’Ă©lectricitĂ© d’origine renouvelable au niveau europĂ©en s’impose. Un système d’Ă©changes de "certificats verts" facilitant le financement des investissements dans les Ă©nergies renouvelables qui privilĂ©gierait celles d’entre elles qui sont les plus rentables pourrait ĂŞtre dĂ©veloppĂ© Ă  l’Ă©chelle de l’Union.

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