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Crise financière : vers un Bretton Woods de la finance ?

 Philippe Manière
Auteur
Président-fondateur de Footprint > consultants

Nicolas Sarkozy s’exprimera ce soir et posera certainement cette question qui plane dans l’esprit tous les économistes : faut-il des réglementations internationales, faut-il un Bretton Woods de la finance ?

Difficiles ententes
L’idĂ©e d’une rĂ©glementation internationale est sommes toutes très tentante, car il suffirait que tout le monde s’accorde sur de nouveaux standards. Mais ce fantasme d’une ONU financière est trompeur. Car, il ne faut pas l’oublier, trouver un accord n’est jamais chose facile. Chaque pays poursuit ses intĂ©rĂŞts, qui ne concordent pas nĂ©cessairement avec ceux des autres. Ainsi, par exemple, après la guerre, Ă  Bretton Woods, les grandes puissances avaient trouvĂ© assez facilement un accord sur les questions monĂ©taires et de change. En revanche, dès lors qu’ils ont essayĂ© de rĂ©guler le commerce international, les nĂ©gociations ont Ă©chouĂ©. Il a ensuite fallu attendre 50 ans pour voir la crĂ©ation de l'OMC, en 1995.

Remise en cause d’un modèle
En outre, ces accords ne seront pas, pour la plupart, valables Ă©ternellement. Par exemple, les fameux accords de Bretton Woods (qui ont mis en place l’Ă©talon or et qui inspirent tout le monde aujourd’hui) n’ont pas empĂŞchĂ© des crises de change Ă  rĂ©pĂ©tition dans les annĂ©es 1950 et 1960. Puis, en 1973, ce système s’est effondrĂ© et les changes flottants se sont remis en place. Au total, depuis 1945, nous avons vĂ©cu plus de temps après son abolition qu’Ă  l’abri de cet accord. En cela, Bretton Woods ne constitue pas nĂ©cessairement la meilleure rĂ©fĂ©rence de l’accord parfait.

Une nouvelle réglementation
Pour autant, le capitalisme a besoin de règles, car l’Ă©conomie de marchĂ©, ce n’est pas la jungle, mais la libertĂ© au milieu de règles bien fixĂ©es pour tous les acteurs … Qui plus est, la pĂ©riode est particulièrement propice pour essayer de passer des accords internationaux. En effet, chaque pays est confrontĂ© aux mĂŞmes peurs et aux mĂŞmes problèmes, les Ă©goĂŻsmes nationaux s’expriment en mode mineur et la nĂ©gociation s’en trouve donc facilitĂ©e.

De la mesure en chaque chose
Pour crĂ©er ces accords, nous devrons garder Ă  l’esprit ces deux prioritĂ©s :

- Limiter la spĂ©culation gratuite en limitant la vente Ă  dĂ©couvert. Les Etats-Unis viennent prĂ©cisĂ©ment de le faire Ă  titre transitoire, et il paraĂ®t opportun d’y rĂ©flĂ©chir afin de voir s’il ne faudrait pas garder cette règle en pĂ©riode de croisière. Cela permettrait moins de volatilitĂ© et moins d’instruments tordus …

- Trouver un accord sur le pĂ©rimètre des industries financières Ă  rĂ©guler. Aux Etats-Unis, les vraies banques de dĂ©pĂ´ts sont très contrĂ´lĂ©es, ce qui n’a pas empĂŞchĂ© les consĂ©quences que l’on connaĂ®t. La crise est plutĂ´t due au fait que le crĂ©dit immobilier n’Ă©tait plus distribuĂ© par des banques, mais par des non-banks, non rĂ©gulĂ©s. Voici prĂ©cisĂ©ment ce qu’il faudrait Ă©viter de reproduire. On peut choisir de rĂ©guler ou non. Mais dès lors qu’un secteur est rĂ©gulĂ©, cela doit concerner chacun des acteurs de ce secteur.

Mais attention : souvent, l’enfer est pavĂ© de bonnes intentions. Aujourd’hui, on sait que les nouvelles règles de comptabilitĂ© et les règles prudentielles qui s’appliquent aux banques Ă©taient "super-vertueuses" sur le papier, mais elles ont largement contribuĂ© Ă  amplifier la crise depuis un an…

Par consĂ©quent, il faut rĂ©guler pour Ă©viter les bĂŞtises, mais, pour autant, ne pas tomber dans une folie rĂ©gulatrice qui nous ferait faire d’autres bĂŞtises !

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