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Couac à l’Assemblée sur la loi OGM

 Philippe Manière
Auteur
Président-fondateur de Footprint > consultants

Ce mercredi, les députés UMP étaient nombreux à briller par leur absence dans l’Hémicycle, ouvrant la voie à une manoeuvre de l'opposition qui a bloqué le projet de loi OGM. Ce texte de loi ainsi « fauché » laisse-t-il entrevoir une crise institutionnelle ?

Un mini camouflet pour le gouvernement…

Depuis mercredi, rien ne va plus au Parlement… Sommes-nous pour autant en train de vivre une crise institutionnelle ? Si nous avons assistĂ© de fait Ă  quelque chose d’inattendu et mĂŞme de ridicule pour la majoritĂ©, au final, il n’y a quand mĂŞme pas de quoi se relever la nuit… Ce mercredi, donc, il n’y avait pas assez de dĂ©putĂ©s UMP dans l’hĂ©micycle pour adopter le texte de loi sur les OGM. Et c’est Ă©videmment lĂ  qu’est le vrai camouflet pour le gouvernement. Mais François Fillon a dĂ©cidĂ© de convoquer une commission mixte paritaire SĂ©nat-AssemblĂ©e et donc le vote aura quand mĂŞme lieu dans très peu de temps...

Sueurs froides et vague Ă  l’âme

Entre la sortie de Nathalie Kosciusko-Morizet il y a un mois et cet incident, ce texte de loi sur les OGM aura en tout cas donnĂ© des sueurs froides au gouvernement... Si la gauche ne fait que son boulot en demandant au prĂ©sident de la RĂ©publique de tenir compte du vote de ce mercredi, ce qui ne se fera pas, il reste que la majoritĂ© n’a pas Ă©tĂ© capable de rassembler alors qu’il s’agissait d’un texte assez important dans le positionnement politique du gouvernement qu’elle est censĂ©e soutenir. Quand un François Grosdidier, dĂ©putĂ© UMP, exprime son malaise devant ce texte, ou qu’un Maurice Leroy, du Nouveau Centre parle de vraie flibuste parlementaire… c’est rĂ©vĂ©lateur d’un vrai manque de mobilisation au sein de la majoritĂ©.

Réorganiser le Parlement

Politiquement, l’image vĂ©hiculĂ©e est assez navrante pour l’UMP et la majoritĂ©, mais aussi pour ce Parlement qui oscille entre la chambre d’enregistrement et la rĂ©volte sans jamais (ou presque) passer par la case nĂ©gociation. Clairement, ces Ă©vĂ©nements mettent en cause l’organisation et la qualitĂ© du travail parlementaire... cela au moment mĂŞme oĂą les dĂ©putĂ©s rĂ©flĂ©chissent Ă  la rĂ©forme des institutions… Mais rĂ©jouissons-nous au moins qu’un dĂ©bat ait lieu.

Des dĂ©bats secondaires Pour l’instant, une seule certitude : le texte va ĂŞtre amendĂ© par son propre rapporteur, le dĂ©putĂ© UMP Jean-Luc Warsmann. D’un cĂ´tĂ© la majoritĂ© pousse pour que le chef de l'État puisse venir s'exprimer une fois par an (ou en fonction de circonstances particulières) devant les parlementaires, de l’autre, le PS et le Nouveau Centre poussent Ă  l’introduction d’une dose de proportionnelle. MajoritĂ© et opposition peuvent donc Ă©ventuellement s’entendre pour faire avancer la rĂ©forme du Parlement mais les sujets discutĂ©s sont plutĂ´t secondaires, tandis que pour les points importants, on ne voit AUCUNE volontĂ© commune – je pense en particulier Ă  l’interdiction rĂ©elle du cumul des mandats pour les dĂ©putĂ©s ou encore Ă  la rĂ©forme de la procĂ©dure lĂ©gislative.

Pour le non-cumul…

Je formulerais donc aujourd’hui deux propositions, parce que les deux sujets que je viens d’Ă©voquer doivent absolument ĂŞtre purgĂ©s. Premièrement, il faut purement et simplement interdire le cumul des mandats pour les dĂ©putĂ©s. Vous le savez, aujourd’hui, presque tous sont aussi maires, ou conseillers gĂ©nĂ©raux, si bien que la plupart d’entre eux sont en circonscription du mercredi soir au lundi soir. Et ceci n’est pas admissible, non seulement parce que l’image d’un hĂ©micycle dĂ©sert est dĂ©vastatrice dans l’opinion, mais aussi et surtout parce que l’assiduitĂ© parlementaire est indispensable si l’on veut qu’il y ait un vrai travail de contrĂ´le de l’exĂ©cutif.

… et l’allègement des procĂ©dures

Deuxièmement, il faut allĂ©ger la procĂ©dure lĂ©gislative et permettre l’adoption directe en commission des textes Ă  caractère purement technique qui n’ont aucun enjeu politique, sans passer par un vote en sĂ©ance plĂ©nière. Le vrai dĂ©bat politique, et lui seul, doit constituer le travail des dĂ©putĂ©s. Tant qu’ils seront ailleurs, au propre ou au figurĂ©, nous aurons un parlement « croupion Â» qui n’existera que fugitivement en faisant de la rĂ©sistance sur un mode un peu bouffon. C’est le spectacle auquel nous avons assistĂ© ce mercredi, et honnĂŞtement, il vaudrait mieux que cela ne se reproduise pas tous les jours…

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