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Compte-rendu et photos des dĂ©bats : "IntĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral : que peut l’entreprise ?"

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Le dernier ouvrage de l'Institut Montaigne Intérêt général : que peut l’entreprise ? (éditions Les Belles Lettres) est le fruit d'entretiens organisés par Julien Damon entre d’une part, des dirigeants d'entreprises, et d’autre part, des personnalités issues du monde syndical, associatif, du journalisme ou de la haute fonction publique, autour de dix sujets qui relèvent de l’intérêt général tel qu’il est aujourd’hui porté par les entreprises.
A l’occasion de sa sortie, l’Institut Montaigne a souhaité poursuivre le débat en organisant deux tables rondes le 6 février dernier.

Première table ronde - "The business of business is business" (Milton Friedman) ? Quelle place pour l’entreprise dans la sociĂ©tĂ© ?

Cette première table ronde a permis des Ă©changes nourris sur la mission et les objectifs que doit poursuivre l’entreprise aujourd’hui. S’il paraĂ®t partagĂ© par tous que l’entreprise participe Ă  l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral, les avis divergent quant aux manières par lesquelles elle y contribue.

Ancien banquier d’affaires, aujourd’hui directeur adjoint de Danone, Emmanuel Faber nous explique qu’il a Ă©tĂ© amenĂ©, au fil de ses expĂ©riences, Ă  reconsidĂ©rer le rĂ´le que doit jouer l’entreprise. Il estime aujourd’hui que notre système Ă©conomique doit "replacer les entreprises dans un rĂ´le qui consiste non seulement Ă  faire du profit mais surtout Ă  crĂ©er de la valeur sociĂ©tale".

Cette vision est dangereuse pour Jean-Marc Daniel, Ă©conomiste, professeur Ă  l'ESCP Europe et rĂ©dacteur en chef de la revue SociĂ©tal, qui se dĂ©finit comme le disciple de Milton Friedman. La responsabilitĂ© de l’entreprise, et de tout entrepreneur qui l’incarne, est d’augmenter ses profits. Par les profits qu’elle gĂ©nère, l’entreprise est garante de la crĂ©ation d’emplois. Dans l’ouvrage, les personnalitĂ©s interrogĂ©es ont mis en avant Ă  plusieurs reprises la crĂ©ation d’emplois comme contribution essentielle de l’entreprise Ă  l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral. Il y a lĂ  le risque de grever la rentabilitĂ© de l’entreprise et d’entraver son dĂ©veloppement ultĂ©rieur. Reprenant Helmut Schmidt, il rappelle pourtant que ce sont d’abord "les profits d’aujourd’hui" qui sont "les investissements de demain et les emplois d’après-demain".

Dès lors, des engagements en termes de responsabilitĂ© sociale peuvent-ils aller de pair avec la maximisation des profits de l’entreprise ?

C’est l’avis de Christian Poyau, prĂ©sident de Micropole et prĂ©sident de la fondation Croissance Responsable, qui insiste sur la nĂ©cessitĂ© de rĂ©concilier rentabilitĂ© et responsabilitĂ©. L’entrepreneur qui se comporte de manière responsable envers ses collaborateurs peut obtenir des gains de productivitĂ©. Il ne s’agit pas lĂ  de philanthropie et c’est Ă  ce titre que la RSE peut trouver sa lĂ©gitimitĂ©.

RĂ©concilier ces deux objectifs, c’est aussi responsabiliser directement les collaborateurs. Au sein de Danone, confie Emmanuel Faber, les budgets mĂ©cĂ©nat et le dĂ©partement du dĂ©veloppement durable ont Ă©tĂ© remplacĂ©s par un nouveau système d’attribution des bonus annuels des dirigeants, divisĂ© en trois tiers : performance Ă©conomique / sociĂ©tale / managĂ©riale.

Et dans un contexte Ă©conomique globalisĂ© ? Tous reconnaissent que la concurrence se fait d’abord par les prix. Mais les engagements en termes de responsabilitĂ© sociale des entreprises peuvent aussi ĂŞtre considĂ©rĂ©s comme un moyen de se distinguer de ses concurrents… et donc de maximiser ses profits.


Seconde table ronde - RSE et dirigeants : le rĂ´le de l’engagement

Cette seconde table ronde fut l’occasion de dĂ©ployer les diffĂ©rentes dimensions du lien entre la RSE et la capacitĂ© des dirigeants Ă  entraĂ®ner, Ă  engager leurs Ă©quipes.

Paul Hermelin, prĂ©sident de Cap Gemini, a ainsi insistĂ© sur les valeurs de l’entreprise qui constituent un levier majeur pour susciter la loyautĂ© et l’engagement des collaborateurs. De surcroĂ®t, afin que ce ne soit plus seulement l’entreprise mais l’ensemble des Ă©quipes qui s’investissent, il tĂ©moigne de l’importance de favoriser les systèmes dĂ©centralisĂ©s : dans le cadre du soutien Ă  des opĂ©rations de micro-crĂ©dit, par exemple, les salariĂ©s de CapGemini participent au choix des projets Ă  abonder.

Pour Françoise Gri, directrice gĂ©nĂ©rale de Pierre et Vacances, le dirigeant doit d’abord donner du sens Ă  la RSE et autoriser les dĂ©bats et rĂ©flexions Ă  ce sujet. Cette dĂ©marche pĂ©dagogique doit permettre de distinguer profit et valeur créée, pour montrer que le profit est une composante de cette valeur mais qu’elle n’est pas la seule.

Toutefois, cette volontĂ© d’engagement des Ă©quipes autour des projets de RSE se heurte Ă  deux principaux obstacles, selon Norbert Alter, sociologue, professeur Ă  l’UniversitĂ© Paris Dauphine : la multiplication de procĂ©dures complexes et, consĂ©quence directe, la chasse au temps improductif qui empĂŞche les salariĂ©s de "perdre du temps ensemble". Or, la responsabilitĂ© sociale de l’entreprise ne doit pas se limiter aux actions Ă  l’extĂ©rieur de l’entreprise ; il faut d’abord valoriser le dĂ©veloppement du social Ă  l’intĂ©rieur de l’entreprise.

Penser la responsabilitĂ© sociale de l’entreprise doit donc prendre en compte l’Ă©cosystème dans lequel chacune de ses parties-prenantes Ă©volue. Aujourd’hui, nous dit Marc de Leyritz, associĂ© chez Egon Zehnder, la capacitĂ© d’un dirigeant Ă  dĂ©velopper la responsabilitĂ© de l’entreprise est une qualitĂ© de leadership de plus en plus fondamentale. Cette qualitĂ© des "leaders de demain" se traduit, selon Paul Hermelin, dans leur capacitĂ© Ă  entraĂ®ner les salariĂ©s de l’entreprise tout en les poussant Ă  s’engager en dehors.

Ainsi, les projets de RSE peuvent-ils permettre d’engager les Ă©quipes, en faisant vivre le collectif autour de valeurs et de projets partagĂ©s. Toutefois, conclut Françoise Gri, "il ne faut pas chercher un seul modèle d’engagement".


Aller plus loin :
- Consulter le programme
- Voir la prĂ©sentation de l'ouvrage "IntĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral : que peut l’entreprise ?" par Julien Damon
- Voir la vidéo de la première table ronde

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