AccueilExpressions par MontaigneComment rĂ©former l'offre de soins en valorisant davantage la mĂ©decine de ville?La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne11/01/2016ImprimerPARTAGERComment rĂ©former l'offre de soins en valorisant davantage la mĂ©decine de ville?Auteur Elena Scappaticci ChargĂ©e de mission Alors que le projet de loi sur la modernisation du système de santé était définitivement adopté le 17 décembre 2015, Elabe rendait également public les résultats de la grande consultation des médecins réalisée pour l'Ordre des médecins du 12 octobre au 22 novembre 2015, qui aura permis de recueillir l'opinion de près de 35 000 praticiens. L'enseignement essentiel de cette grande consultation est celui d'un très fort sentiment de malaise pour l'ensemble de la profession médicale : 3 médecins sur 4 se déclarent aujourd'hui inquiets pour l'avenir de leur profession. Le sentiment de dévalorisation et de déqualification de la médecine générale est particulièrement fort : la quasi-totalité des médecins interrogés (97 %) estiment ainsi subir trop de contraintes administratives et règlementaires, avec pour conséquence une réduction drastique du temps disponible pour leurs patients. Autre enseignement majeur de ce sondage, une remise en cause massive du pilotage actuel du système de santé : 93 % des médecins interrogés estiment l'action des pouvoirs publics insuffisante.L’hĂ´pital reste encore trop au cĹ“ur des dĂ©cisions prises sur l’organisation des soins Les diffĂ©rentes rĂ©formes annoncĂ©es dans le cadre de la loi sur la modernisation du système de santĂ© ne semblent pas faire suffisamment de place Ă la mĂ©decine de ville. L’hĂ´pital reste au cĹ“ur de notre système de santĂ© alors mĂŞme que les besoins des patients ont largement Ă©voluĂ© avec le progrès des technologies. Alors qu’il y a 50 ans encore la majoritĂ© des pathologies Ă©taient aigĂĽes (on en guĂ©rissait ou on en mourait…), les progrès spectaculaires rĂ©alisĂ©s par la recherche mĂ©dicale ont transformĂ© ces maladies en pathologies durables, avec lesquelles les individus peuvent dĂ©sormais vivre longtemps. Le vieillissement de la population, consĂ©quence directe de ces mutations, entraĂ®ne une augmentation du nombre de patients souffrant de maladies chroniques. Ce type de pathologies impose un suivi rĂ©gulier sur plusieurs annĂ©es dans lequel la mĂ©decine de ville joue un rĂ´le essentiel. Au-delĂ de la nĂ©cessaire rĂ©forme de notre système hospitalier, il est urgent de prendre acte des Ă©volutions Ă©pidĂ©miologiques et dĂ©mographiques de la population française et de repenser en profondeur notre organisation des soins de manière Ă restructurer la mĂ©decine de ville, et notamment la mĂ©decine gĂ©nĂ©rale. Des dispositifs insuffisants pour favoriser la mĂ©decine de ville Les dispositifs incitatifs mis en place depuis 2012 pour freiner le dĂ©clin de la mĂ©decine gĂ©nĂ©rale se sont rĂ©vĂ©lĂ©s insuffisants. Ainsi, les contrats de "praticiens territoriaux de mĂ©decine gĂ©nĂ©rale" (PTMG), qui apportent un complĂ©ment de rĂ©munĂ©ration aux jeunes mĂ©decins exerçant dans les dĂ©serts mĂ©dicaux, n’ont guère permis de rĂ©sorber le dĂ©ficit de mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes subi par certaines rĂ©gions : ils ne concernaient que 500 praticiens en 2015. Bien que la ministre de la SantĂ© ait annoncĂ© la crĂ©ation de 500 postes supplĂ©mentaires d’ici Ă 2017, cette mesure semble insuffisante face Ă l’aggravation du phĂ©nomène. L’Ordre des mĂ©decins, dans la dernière Ă©dition de ses Atlas rĂ©gionaux de la dĂ©mographie mĂ©dicale, estime ainsi Ă 6,8% la baisse des effectifs Ă prĂ©voir pour les annĂ©es 2015-2020. MalgrĂ© l’annonce de la mise en place de communautĂ©s professionnelles territoriales de santĂ© (CPTS), qui regrouperont des mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes et spĂ©cialistes, des auxiliaires mĂ©dicaux, des acteurs mĂ©dico-sociaux et sociaux et des Ă©quipes de soins primaires (ESP), organisĂ©es autour des mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes, on peine Ă voir des mesures fortes pour structurer la mĂ©decine de ville et la revaloriser, en tĂ©moignent les rĂ©actions des syndicats de professionnels de santĂ© Ă la loi SantĂ© cet hiver. Propositions pour rĂ©former l’offre de soins et faire de la mĂ©decine de ville le cĹ“ur de notre offre de santĂ© : - agir dès la formation des mĂ©decins, en supprimant le numerus clausus ; - consacrer davantage de moyens au regroupement des professionnels de santĂ© et encourager une meilleure rĂ©partition des tâches, de manière Ă "requalifier" la profession en libĂ©rant du temps mĂ©dical disponible ; - revenir sur l’exclusivitĂ© de la tarification Ă l’acte, particulièrement inadaptĂ©e dans le cadre de la prise en charge de patients souffrants de maladies chroniques ; - simplifier la gouvernance du système de santĂ© de manière Ă rĂ©tablir la confiance entre les mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes et les acteurs avec lesquels ils sont amenĂ©s Ă contractualiser. Pour aller plus loin : Accès aux soins : en finir avec la fracture territoriale, Institut Montaigne, mai 2013. ImprimerPARTAGER