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Comment l’Europe peut-elle demeurer une destination privilĂ©giĂ©e pour les investissements internationaux ?

Comment l’Europe peut-elle demeurer une destination privilégiée pour les investissements internationaux ?
 Iana Dreyer
Auteur
Chercheuse associée à l’Institut Montaigne



Première destination au monde des investissements internationaux, les pays européens feront face à une compétition accrue pour attirer des entreprises internationales. C’est ce qui ressort d’une conférence dédiée aux investissements en Europe, la World Investment Conference, qui s’est tenue du 20 au 22 juin 2012 à La Baule.

Les "investissements directs Ă©trangers" – un atout pour la compĂ©titivitĂ©
Sources de capitaux, de technologies et de nouveaux processus de production, les investissements effectuĂ©s par des entreprises Ă©trangères Ă  la recherche de dĂ©bouchĂ©s et de sites de production jouent un rĂ´le majeur dans la compĂ©titivitĂ© d’une Ă©conomie. Ces investissements, appelĂ©s investissements directs Ă©trangers (IDE), incluent l’ouverture de filiales, le lancement de sites de production ou la prise de participation Ă  plus de 10 % dans une entreprise. Selon l’INSEE, les entreprises dĂ©tenues par des investisseurs Ă©trangers en France emploient 13,6 % de la main d’œuvre salariĂ©e en France et fournissent 16,8 % de la valeur ajoutĂ©e. Une Ă©tude portant sur les IDE dans le secteur industriel en France a dĂ©montrĂ© que les performances des entreprises françaises acquises par des groupes Ă©trangers Ă©taient significativement renforcĂ©es.[1]

L’Union europĂ©enne est la première destination des IDE dans le monde. En 2011, elle cumulait 7.275 milliards de dollars d’IDE, contre 3.509 milliards pour les Etats-Unis, et 1.849 milliards de dollars pour la Chine (Hong Kong y compris). Au sein de l’Europe, le Royaume Uni, la France, la Belgique, l’Allemagne et l’Espagne sont les principales destinations des investissements internationaux, avec, en 2011, respectivement 1.199, 964, 958, 714, et 635 milliards de dollars en stock.[2] Les principaux investisseurs dans ces pays sont majoritairement europĂ©ens et amĂ©ricains. Les pays Ă©mergents ne jouent encore qu’un rĂ´le marginal, bien que croissant, dans l’investissement direct en Europe.

La crise et les investissements en Europe
La confĂ©rence de La Baule, qui a rassemblĂ© des dĂ©cideurs de grands groupes industriels et de services europĂ©ens, amĂ©ricains et asiatiques, a montrĂ© que, malgrĂ© la crise Ă©conomique, l’Union europĂ©enne a maintenu son rang d’Ă©conomie privilĂ©giĂ©e aux yeux des investisseurs internationaux. Cependant la compĂ©tition internationale pour attirer les meilleurs investisseurs s’exacerbe, alors que l’Union europĂ©enne n’a jamais eu autant besoin d’investir pour croĂ®tre. Au sein de l’Europe, la crise semble avoir affectĂ© les flux d’investissements vers certains pays et privilĂ©giĂ© d’autres dont les perspectives sont plus prometteuses.

En 2011, le Royaume-Uni Ă©tait toujours la destination privilĂ©giĂ©e des investissements internationaux : il a attirĂ© 679 projets d’IDE, malgrĂ© un faible taux de croissance. L’Allemagne, avec 597 projets, a soufflĂ© Ă  la France (540 projets) la deuxième place, selon des chiffres issus d’une Ă©tude d’Ernst and Young prĂ©sentĂ©e lors de la confĂ©rence. La qualitĂ© de ses infrastructures, de sa main d’œuvre et de son environnement juridique favorable aux entreprises expliquent en grande partie le choix des investisseurs en faveur du Royaume-Uni. La France, dont les flux d’IDE ont baissĂ© de 4% en 2011, a souffert d’une perte de confiance des investisseurs en raison de son niveau d’endettement public, de son taux de chĂ´mage Ă©levĂ© ainsi que de ses faibles perspectives de croissance. Les investisseurs issus des pays Ă©mergents, essentiellement de Chine et d’Inde, se sont positionnĂ©s en Europe du Nord d’abord, notamment au Royaume Uni (7 % des projets de 2011), et en Allemagne (8 % des projets de 2011). Ces investisseurs sont majoritairement des fournisseurs de services informatiques, de tĂ©lĂ©communications et de conseil en management aurprès des industriels. L’Espagne, malgrĂ© la crise, a quant Ă  elle, attirĂ© 62 % d’investissements Ă©trangers supplĂ©mentaires en 2012 (par rapport Ă  l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente), notamment dans l’industrie, ce qui la distingue ainsi clairement des autres pays du Sud de l’Europe en perte de vitesse.

Des réformes nécessaires pour demeurer une destination attractive
Les propos tenus lors de la confĂ©rence ont mis l’accent sur l’urgence qu’il y a Ă  rĂ©soudre la crise de la zone euro, première cause de la perte de confiance des investisseurs. La nĂ©cessitĂ© d’aller dans le sens d’un plus grand fĂ©dĂ©ralisme Ă©conomique a clairement Ă©tĂ© soulignĂ©e. Sur les questions de plus long terme, une table ronde dĂ©diĂ©e aux raisons qui poussent les investisseurs Ă  investir ou pas en Europe (Why do investors come to Europe, stay, or leave ?) a fait ressortir les Ă©lĂ©ments suivants :

- aujourd’hui, une entreprise a un choix d’investissement plus large : il s’opère entre les cinq continents qui prĂ©sentent tous des attraits, alors qu’il y a dix ans encore l’arbitrage se faisait essentiellement entre l’Europe et les Etats-Unis ;
- l’Europe, bien qu’elle doive se concevoir comme une entitĂ© unique, est divisĂ©e de fait en quatre catĂ©gories d’Ă©conomies : les Ă©conomies compĂ©titives (Allemagne et Europe du Nord), les Ă©conomies intermĂ©diaires (France et Royaume-Uni), les Ă©conomies Ă©mergentes et dynamiques (Europe de l’Est) et les Ă©conomies d’Europe du Sud qui souffrent d’une dĂ©saffection de la part des investisseurs ;
- pour accroĂ®tre l’attractivitĂ© de l’Europe aux yeux des investisseurs, ces derniers demandent aux dĂ©cideurs politiques d’afficher leur volontĂ© d’entrer de plein pied dans la compĂ©tition Ă©conomique internationale. Pour cela, ils appellent Ă  une simplification et une unification, au niveau des 27 Etats membres, de nombreuses rĂ©glementations Ă©conomiques, notamment celles qui concernent le droit de la propriĂ©tĂ© intellectuelle ou le droit du marchĂ© du travail. Au-delĂ , le dĂ©veloppement d’une plus forte culture entrepreneuriale a souvent Ă©tĂ© soulignĂ© comme une prioritĂ© en Europe.

Si le sommet de l’UE de juin 2012 (a permis Ă  l’Europe de faire un pas vers le fĂ©dĂ©ralisme en posant comme principe la crĂ©ation d’une union bancaire, d’un brevet unique europĂ©en, etc., de nombreuses rĂ©formes visant Ă  rendre l’Europe plus attractive pour les investisseurs sont Ă  prĂ©voir. Dans une note de mars 2012 intitulĂ©e Refonder le projet europĂ©en, l’Institut Montaigne insistait Ă  nouveau sur la nĂ©cessitĂ© de renforcer la coordination des politiques Ă©conomiques et budgĂ©taires. Quant Ă  la France, elle ne pourra faire l’Ă©conomie de nombreuses rĂ©formes structurelles, notamment sur le marchĂ© de l’emploi, si elle entend demeurer, dans les prochaines annĂ©es, attractive aux yeux des investisseurs.

Notes

[1] Lionel Fontagné et Farid Toubal, Investisssement direct étranger et performances des entreprises, Rapport de La Documentation française, 2010, p.215

[2] Ces chiffres sont fournis par la CNUCED : World Investment Report 2012, pp.173-174.

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