AccueilExpressions par MontaigneComment financer la protection sociale ?La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne RĂ©gulation SantĂ©03/04/2007ImprimerPARTAGERComment financer la protection sociale ?Auteur Estelle Toullec ChargĂ©e de mission Le financement de notre protection sociale est à bout de souffle : les prélèvements obligatoires sans contrepartie ont atteint les limites du supportable, et la complexité du système est redoutable. Bricoler une fois de plus ce moteur obsolète ne règlera rien. L'ère du rationnement approche ? à moins, que l'on ne se décide à construire un système moderne, adapté à ce qu'est devenue la protection sociale : une production de services, qui relèvent un peu de la redistribution, et beaucoup de l'assurance et de la finance. De nombreux pays, anglo-saxons ou scandinaves, l’ont compris : l’assurĂ© social est un client. Il est temps pour la France de faire sa rĂ©volution culturelle en la matière !L’Institut Montaigne propose une nouvelle vision de la protection sociale afin que le système de demain rĂ©ponde aux objectifs de solidaritĂ©, de qualitĂ© et d’efficience attendus par tous. Le point clĂ© de notre rĂ©flexion consiste Ă sĂ©parer clairement ce qui relève de l’assurance de ce qui constitue de l’assistance aux personnes en difficultĂ©s ; et de faire Ă©voluer le financement des services d’assurances sociales dans le sens de leur achat par les mĂ©nages.La première Ă©tape consisterait Ă abolir les cotisations patronales, en les transformant en cotisations salariales. Le changement serait totalement indolore : ni le coĂ»t de travail, ni le salaire net, ni les recettes organismes sociaux ne s’en trouveraient changĂ©s. Les bulletins de salaire ne comporteront plus qu’une colonne de cotisations, calculĂ©es en pourcentage du salaire super-brut (salaire net et cotisations sociales).La deuxième Ă©tape consisterait Ă verser sur le compte du salariĂ© la totalitĂ© du salaire super-brut, charge Ă lui de payer directement ses cotisations par prĂ©lèvement automatique, comme il le fait dĂ©jĂ pour ses factures de tĂ©lĂ©phone ou d’électricitĂ©. Chacun aura ainsi clairement conscience du coĂ»t de la protection sociale et sera donc plus attentif Ă trouver les formules prĂ©sentant une bonne adĂ©quation Ă ses besoins et un bon rapport qualitĂ© prix. Les consommateurs de protection sociale sont les agents les mieux Ă mĂŞme de stimuler les producteurs, Ă une condition : qu’ils soient les payeurs.L’étape suivante consisterait Ă fusionner la CSG et l’import sur le revenu. Il est en effet frĂ©quent de regretter qu’un mĂ©nage français sur deux soit exonĂ©rĂ© d’impĂ´t sur le revenu (IR). Or la CSG est un impĂ´t direct dont le produit dĂ©passe celui de l’IR. Les fusionner fournirait un IR universel. Ce nouvel impĂ´t rapporterait environs 130 milliards d’euros ce qui suffirait presque Ă complĂ©ter les cotisations pour financer la protection sociale ; cela suffirait sans doute aussi Ă couvrir l’ensemble des prestations reconnues comme Ă©tant contributives.L’ultime Ă©tape : arrondir Ă 20% le taux « normal de la TVA » ou l’élever Ă 25%. La France (19,6%) et le Royaume-Uni (17,5%) sont les seuls membres de l’Union europĂ©enne (sur 25) Ă ne pas avoir choisi un nombre entier pour le taux normal de TVA. - si l’on estime suffisant le remplacement des cotisations patronales par des cotisations salariales, alors on se contentera de passer ce taux Ă 20% (ce qui permettra de supprimer quelques taxes archaĂŻques comme la taxe sur le chiffre d’affaires, ou la contribution sociale de solidaritĂ© sur les sociĂ©tĂ©s dite C3S) ; - si l’on souhaite jouer la carte d’une lĂ©gère baisse du coĂ»t salarial, en assumant en contrepartie un lĂ©ger risque inflationniste, alors nous proposons de monter directement aux taux maximum pratiquĂ© dans l’UE : 25%. TVA, retraites, cotisations : les candidats Ă l'Ă©lection prĂ©sidentielle l’ont bien compris, la politique sociale occupe une place majeure dans cette campagne Ă©lectorale. RĂ©formettes et bricolage ne suffiront pas Ă pĂ©renniser le système actuel. L’avenir du financement de notre protection sociale est donc enjeu de taille qu’ils devront relever et surtout ne pas dĂ©cevoir. ImprimerPARTAGER