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26/08/2011
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Comment augmenter durablement les moyens des universités françaises ?

Comment augmenter durablement les moyens des universités françaises ?
 Institut Montaigne
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Institut Montaigne

En quinze ans de réforme du paysage universitaire, la question des droits de scolarité n’a que très rarement été soulevée alors même qu’un certain nombre de pays expérimentent depuis quelques années déjà divers modèles de financement de l’enseignement supérieur. Dès 2001, l’Institut Montaigne plaidait pour qu’une véritable réflexion sur les moyens des universités françaises ait lieu. En 2008, l’Institut Montaigne a proposé un modèle de financement global de l’enseignement supérieur français dans sa note Pour une contribution plus juste au financement de l'enseignement supérieur.

En cette rentrée le débat rebondit avec la publication par l’Institut de l’Entreprise de son étude intitulée Financement de l’enseignement supérieur : quelle place pour les entreprises ? et du rapport de Terra Nova Faire réussir nos étudiants, faire progresser la France. Propositions pour un sursaut vers la société de la connaissance.

La loi LRU a ouvert la voie au dĂ©bat sur le financement des universitĂ©s en leur offrant la possibilitĂ© de crĂ©er des fondations afin de rĂ©colter des investissements privĂ©s. Mais les enjeux de financement des universitĂ©s ne peuvent Ă  terme ĂŞtre rĂ©solus sans une rĂ©flexion sur les frais de scolaritĂ©. La France a fait le choix de se rallier au peloton de pays qui amorcent des changements en profondeur de leur enseignement supĂ©rieur afin de s’adapter Ă  une compĂ©tition internationale qui exige un investissement massif dans la connaissance, l’innovation et la recherche. En revanche, Ă  l’inverse de la France, la plupart de ces pays ont accompagnĂ© ces Ă©volutions d’une rĂ©flexion sur les droits de scolaritĂ©, que ce soit en renonçant Ă  la gratuitĂ© (c’est le cas du Luxembourg ou de certains Länder allemands), ou en augmentant les frais de scolaritĂ©, comme le font actuellement l’Italie, le Portugal et le Royaume-Uni. Autre possibilitĂ©, celle de la hausse des frais de scolaritĂ© pour les seuls Ă©tudiants Ă©trangers, mise en œuvre au Danemark ou encore en Irlande.

L'OCDE a tirĂ© la sonnette d'alarme dans son rapport annuel 2010 : "alors que les universitĂ©s sont de plus en plus en concurrence internationale, la France et les pays d'Europe continentale risquent de rĂ©duire leur croissance Ă©conomique de long terme s'ils n'augmentent pas leurs dĂ©penses par Ă©tudiant[1]". La dĂ©pense annuelle des Ă©tablissements d'enseignement par Ă©tudiant en France (environ 12 700 dollars) se situe juste dans la moyenne de l’OCDE (12 900 dollars), lĂ  oĂą nos voisins et compĂ©titeurs dĂ©pensent environ 15 400 dollars au Royaume-Uni, 16 400 dollars au Danemark, 20 000 dollars au Canada ou encore 27 000 dollars aux Etats-Unis[2].

Si l’Ă©volution du paysage universitaire français et les efforts consentis vont dans le bon sens, la question du financement des universitĂ©s accompagnĂ©e d’un vĂ©ritable dispositif d’aide aux Ă©tudiants n’est pas suffisamment discutĂ©e. Aujourd’hui en France, le dĂ©bat sur les moyens des universitĂ©s ne peut Ă©luder une double problĂ©matique : comment Ă©lever notre enseignement supĂ©rieur aux meilleurs standards internationaux tout en renforçant Ă  la fois la dĂ©mocratisation de l’accès Ă  l’enseignement supĂ©rieur et la dĂ©mocratisation de la rĂ©ussite.

L’Institut Montaigne invitait en juin dernier dans une tribune parue sur l’Etudiant.fr Ă  ouvrir de nouveau le dĂ©bat sur la hausse des droits de scolaritĂ© en France. Dès 2001, l’Institut Montaigne plaidait dans son rapport Enseignement supĂ©rieur : aborder la compĂ©tition mondiale Ă  armes Ă©gales ? pour que l’autonomie des universitĂ©s, qu’il a Ă©tĂ© l’un des premiers Ă  promouvoir, s’accompagne notamment d’une rĂ©flexion sur les droits d’inscription et sur le financement des frais de scolaritĂ©. Dans sa note intitulĂ©e Pour une contribution plus juste au financement de l'enseignement supĂ©rieur, l’Institut Montaigne proposait en 2008 d’articuler la problĂ©matique du financement de l’enseignement supĂ©rieur avec celle du financement de la formation tout au long de la vie. Un compte crĂ©ditĂ© de droits de tirage inversement proportionnels Ă  la durĂ©e de la formation initiale assurerait ainsi un accès aux Ă©tudes supĂ©rieures pour tous. Ce dispositif donnerait aux Ă©tablissements d’enseignement supĂ©rieur la facultĂ© d’augmenter leurs frais de scolaritĂ© et permettrait d’assurer le financement des Ă©tudes supĂ©rieures jusqu’au niveau licence ou plus. En outre, cette note prĂ©conisait une augmentation substantielle des frais de scolaritĂ© Ă  partir du niveau master de paire avec la mise en place d’un système de prĂŞts d’Etat Ă  remboursement contingent au revenu futur.

La campagne Ă©lectorale qui s’ouvre constitue un moment propice pour rĂ©-ouvrir un dĂ©bat sur les frais de scolaritĂ© et les dispositifs d’aides aux Ă©tudiants dans l’enseignement supĂ©rieur, et l’Institut Montaigne se rĂ©jouit qu’un certain nombre de ses propositions soient aujourd’hui discutĂ©es.

Notes

[1] La Tribune, L'OCDE appelle la France à augmenter ses frais d'inscription à l'université, 07/09/2010.

[2] OCDE, Regards sur l'éducation 2010 : Les indicateurs de l'OCDE, 2010.

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