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Bien jouer l'avenir des retraites

Bien jouer l'avenir des retraites
 Philippe Manière
Auteur
Président-fondateur de Footprint > consultants

Conformément à ce qui avait été prévu en 2003, nous vivons aujourd'hui le coup d'envoi officiel du rendez-vous sur l'avenir des retraites. Au menu des discussions entre Xavier Bertrand et les partenaires sociaux, l'emploi des seniors figure en bonne position.

L’emploi des seniors en panne Si la proportion de nos 25-50 ans dans l’emploi se situe Ă  peu près dans la moyenne internationale, il n’en est rien pour les jeunes et les seniors. En effet, en 2005, le taux de chĂ´mage des moins de 25 ans Ă©tait de plus de 22% en France, contre 18,5% pour la moyenne de l’UE ! Pire encore, l’embauche des seniors (55-64 ans) : 37% d’entre eux seulement ont un emploi ici contre 44,1 % en moyenne pour l’UE – des chiffres qui atteignent 62 % au Japon et 67% en Suède.

Pour un cumul emploi retraite Le Gouvernement vient tout juste de prĂ©ciser son dispositif pour favoriser l'emploi des seniors. Il a tout d’abord Ă©cartĂ© l’idĂ©e des quotas de seniors dans les entreprises, heureuse annonce, car cette piste comprenait beaucoup trop d’inconvĂ©nients. Apparemment, les efforts vont donc se concentrer sur la levĂ©e des obstacles au cumul emploi-retraite, avec un assouplissement de la rĂ©glementation. Reste Ă  savoir dans quelle mesure ! Car pour que cela fonctionne vraiment, il faudrait donner aux seniors la possibilitĂ© de cumuler sans limite, sans aucun plafonnement, leur pension et des revenus du travail, ce qui est loin d’être le cas.

L’aberration en pratique Prenons juste un exemple : si vous avez 60 ans, admettons que votre dernier salaire Ă©tait de 3000 euros, vous avez droit Ă  une pension de retraite de 2000 euros par mois. Si vous dĂ©cidez alors de reprendre une activitĂ© rĂ©munĂ©rĂ©e Ă  1 500 euros, vous ne toucherez Ă  la fin du mois non pas 3500 euros (c'est-Ă -dire 2000 de pension plus 1500 de salaire, ce qui paraĂ®t logique), mais seulement … 1500 ! En cas de reprise d’une activitĂ©, dans bien des cas, les droits Ă  la retraite sont tout simplement suspendus. Ce qui, vous en conviendrez, n’est pas très incitatif...

Une rĂ©forme, tout de suite La France a besoin d’une rĂ©forme d'ensemble, rapidement. Ce dossier des retraites n’a que trop traĂ®nĂ© depuis le Libre blanc de Rocard en 1991. Ailleurs dans le monde – je pense au Chili ou Ă  la Suède, on n’a pas attendu pour mettre en Ĺ“uvre des rĂ©formes radicales. L'Allemagne vient mĂŞme de dĂ©cider de porter l’âge lĂ©gal de la retraite Ă  67 ans. De notre cĂ´tĂ©, le Gouvernement a annoncĂ© qu’il allait relever la durĂ©e de cotisation de 40 Ă  41 ans. Cela ne changera malheureusement pas grand-chose. Car mĂŞme après cette mesure, le Conseil d'orientation des retraites estime qu'il manquera 25 milliards d'euros dans les caisses Ă  l'horizon de 2020, soit 1 point de PIB !

Cotisations dĂ©finies Parce qu’il s’agit lĂ  d’une urgence brĂ»lante pour la France, l’Institut Montaigne a beaucoup rĂ©flĂ©chi Ă  la question des retraites. Aujourd’hui, les pensions sont fixĂ©es et payĂ©es sans souci de ce qui rentre dans les caisses, c’est ce qu’on appelle un système Ă  prestations dĂ©finies. Concrètement, aujourd’hui, nous proposons d’inscrire noir sur blanc dans le Code de la SĂ©curitĂ© Sociale que les retraites par rĂ©partition fonctionnent « Ă  cotisations dĂ©finies », c’est-Ă -dire en rĂ©partissant le montant des cotisations versĂ©es par les actifs entre les retraitĂ©s, sans accroĂ®tre le dĂ©ficit. Avec ce système, les cotisations ne serviraient plus de variable d’ajustement, car seules seront versĂ©es les pensions qu’il est possible de verser compte tenu des recettes et des rĂ©serves.

Cette proposition peut paraître un peu radicale. Pourtant nombreux sont nos voisins à avoir adopté ce mode de gestion, logiquement. En effet, distribuer davantage que ce que l’on possède n’a aucun sens. Enfin, même d’un point de vue politique, je ne suis pas sûr que ce soit aussi suicidaire qu’on le dit de bouger sérieusement les lignes sur ce sujet et de le traiter vraiment. Quant à faire des vagues, autant que ce soit pour purger le problème plutôt que de faire des réformettes qui le repoussent de quelques mois...

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