AccueilExpressions par MontaigneBalance commerciale : un long chemin reste Ă parcourirLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne RĂ©gulation CoopĂ©rations internationales11/02/2013ImprimerPARTAGERBalance commerciale : un long chemin reste Ă parcourirAuteur Iana Dreyer Chercheuse associĂ©e Ă l’Institut Montaigne En 2012, la France a réduit son déficit commercial. Le déficit hors énergie a baissé de moitié, passant à 15,3Md€. C’est une bonne nouvelle. Mais le décrochage français dans l’économie européenne et mondiale demeure une réalité, à laquelle seulement une stratégie d’internationalisation ambitieuse du tissue économique alliée à des réformes profondes peut remédier.Derrière le tassement du dĂ©ficit commercial, les premiers signes d’un ajustement de la production française Ă la demande mondiale, via les prix, se font jour. Ce sont les pays Ă©mergents, surtout en Asie, qui ont tirĂ© les exportations. La part de l’Union europĂ©enne dans les exportations, a reculĂ© de deux points, passant de 61% Ă 59%. MĂŞme s’ils sont en partie conjoncturels, ces chiffres sont inquiĂ©tants. La zone euro compte pour près des deux cinquièmes du dĂ©ficit de la balance commerciale du pays. Une part importante du marchĂ© automobile de la zone euro a Ă©tĂ© abandonnĂ©e au profit de l’Allemagne, qui, malgrĂ© la crise, a rĂ©ussi Ă en conquĂ©rir 40%. Le dĂ©ficit commercial avec les Etats-Unis a continuĂ© de se creuser. La gamme des produits que la France propose ne rĂ©pond pas suffisamment Ă la demande des pays les plus riches. Or, pour pouvoir maintenir son rang parmi ces derniers, il est nĂ©cessaire d’ĂŞtre en mesure de s’y positionner favorablement. L’aĂ©ronautique, la pharmacie et l’agroalimentaire, fers de lance des exportations industrielles, ne peuvent Ă eux seuls tirer avec elle le reste du tissu Ă©conomique. Aussi, les exportations de services (hors tourisme), soit un quart du commerce extĂ©rieur, se sont tassĂ©es. Le commerce mondial est aujourd’hui dominĂ© par l’industrie, dont les Ă©changes se sont muĂ©s en un processus complexe de "chaĂ®nes de valeur" oĂą produits semi-finis, composants et services intermĂ©diaires aux entreprises du monde entier traversant multiples frontières jouent un rĂ´le dominant. La clĂ© de la compĂ©titivitĂ©-export rĂ©side dans une plus forte ouverture de l’industrie Ă ces flux. Les pays avancĂ©s s’y spĂ©cialisent dans des tâches dites "Ă forte valeur ajoutĂ©e" – recherche et innovation, design, marketing, conseil, productions industrielles de niche, etc. Les expĂ©riences des industries allemande et suĂ©doise, très performantes, montrent que pour exporter plus, les industries doivent importer plus de biens et services intermĂ©diaires. En France aussi les entreprises qui recourent Ă l’importation de biens intermĂ©diaires exportent plus . Mais elles ne le font pas en nombre et Ă Ă©chelle suffisants. La part des biens intermĂ©diaires dans l’industrie française est beaucoup plus faible que pour l’Allemagne, le Japon, ou les Etats-Unis . Ceci vaut aussi pour les services. Près de 90% des Ă©changes de services Ă©changĂ©s Ă l’international par l’Allemagne et la Suède sont des services intermĂ©diaires. Cela est le cas pour seulement 78.9% des Ă©changes de services français. Aussi, le modèle français d’internationalisation - tirĂ© par les grands groupes – s’essouffle. Le dĂ©fi de la France est de dĂ©velopper la taille et la capacitĂ© d’exportation des petites et moyennes entreprises. Aussi, si quelques petites entreprises hĂ©roĂŻques rĂ©ussissent Ă faire leurs premiers pas Ă l’export dans des pays lointains, pour les entreprises françaises, commencer par exporter chez nos voisins est le premier pas vers l’international. Il est important de se constituer un rĂ©seau europĂ©en avec exportations, importations et investissements croisĂ©s, avant d’aller plus loin dans le monde. Or, si dans l’industrie, le marchĂ© intĂ©rieur europĂ©en fonctionne suffisamment bien pour servir de plateforme de lancement dans la mondialisation, cela est loin d’ĂŞtre le cas dans les services, oĂą pourtant la France a de nombreux atouts. Enfin, il ne faut pas sous-estimer le rĂ´le du protectionnisme comme barrière aux exportations. Si la crise n’a pas entraĂ®nĂ© une montĂ©e massive de ce dernier, il se manifeste de manière plus diffuse : dĂ©tournement de rĂ©glementations techniques Ă des fins protectionnistes, montĂ©e des pratiques discriminatoires dans les marchĂ©s publics, par exemple. Il est tenace dans les services, tant dans les pays avancĂ©s que dans les pays Ă©mergents. Aussi, pour mieux monter en gamme, les entreprises françaises devront rechercher plus d’alliances avec des partenaires dans les pays riches. Pour cela il faut une ouverture mutuelle plus grande, notamment en facilitant les investissements et la mobilitĂ© des professionnels. A ce titre les rĂ©centes initiatives europĂ©ennes pour relancer l’intĂ©gration du marchĂ© unique, le projet d’accord de libre-Ă©change avec le Japon et le potentiel lancement de nĂ©gociations commerciales avec les Etats-Unis cette annĂ©e sont des opportunitĂ©s Ă saisir impĂ©rativement. Mais il faudra surtout accĂ©lĂ©rer les rĂ©formes Ă©conomiques, dont un certain nombre prĂ©conisĂ©es par l’Institut Montaigne, par exemple dans le cadre de l’Ă©tude De la naissance Ă la croissance : comment dĂ©velopper nos PME.ImprimerPARTAGER