AccueilExpressions par MontaigneBaisse de la frĂ©quentation touristique : les attentats n’expliquent pas tout !La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne19/09/2016ImprimerPARTAGERBaisse de la frĂ©quentation touristique : les attentats n’expliquent pas tout !Auteur Blanche Leridon Directrice des Ă©tudes France de l’Institut Montaigne, spĂ©cialiste des questions dĂ©mocratiques et institutionnelles 10 millions d'euros : c'est le montant de l'aide d'urgence qui sera finalement débloquée pour le tourisme, a annoncé Jean-Marc Ayrault à l'issue du second comité d'urgence économique le 13 septembre dernier. D?un montant initial de 1,5 million d'euros, l'effort budgétaire en faveur du tourisme semble - enfin - à la hauteur des difficultés rencontrées par un secteur qui représente 7,4 % de notre PIB et près de 2 millions d'emplois. Si ce changement de cap illustre une prise de conscience qui était nécessaire, il ne suffira pas à résoudre l'ensemble des problèmes structurels auxquels est confrontée notre industrie touristique. Sa gouvernance fragmentée, ses trop faibles moyens et l'implosion de ses acteurs appellent bien plus que des mesures ponctuelles d'urgence. Une crise conjoncturelle qui rĂ©vèle les faiblesses structurelles de notre industrieNotre tourisme est en crise. La liste des causes est longue, rabâchĂ©e, mais trop souvent incomplète : attentats, intempĂ©ries, climat social dĂ©tĂ©riorĂ©, etc. Le rĂ©sultat, lui, est sans appel : baisse de 4,8 % de la frĂ©quentation touristique en France entre janvier et aoĂ»t 2016 selon l’Insee, baisse de 9,9 % de la frĂ©quentation internationale Ă Paris et en ĂŽle-de-France, selon le bilan du ComitĂ© rĂ©gional du tourisme, baisse du taux d’occupations des hĂ´tels parisiens de près de 20 points selon la principale organisation syndicale du secteur, l’UMIH… les rĂ©percussions nĂ©fastes sur le secteur sont nombreuses et la tendance est appelĂ©e Ă se poursuivre. La bonne tenue de l’Euro n’aura pas suffi Ă contrebalancer les effets nĂ©fastes des attentats. Si la chute de frĂ©quentation est indissociable des Ă©vĂ©nements conjoncturels recensĂ©s plus haut, la dĂ©gradation de nos performances touristiques est aussi le fait de problèmes de structures apparus il y a bien plus longtemps, comme l’a rĂ©cemment rappelĂ© le rapport confiĂ© Ă Jean-Paul Huchon par Manuel Valls sur la question. On en subit aujourd’hui les consĂ©quences. La France vient, par exemple, de perdre sa première place pour le ski-tourisme, devancĂ©e par les Etats-Unis. En 2015, avec 41 milliards d’euros, notre pays n’atteint que la quatrième place en termes de recettes touristiques internationales, derrière les Etats-Unis (161 milliards), la Chine (103 milliards) et l’Espagne (51 milliards), alors que nous Ă©tions encore deuxièmes en 2000, selon des donnĂ©es World Tourism Organization Network... Une dynamique qui prĂ©cède très largement les attentats de 2015 et 2016. C’est donc tout un pan de notre industrie qui est structurellement dĂ©faillant et doit faire l’objet de rĂ©formes d’envergure. Nos voisins Ă©trangers investissent davantage dans le tourismeEnjeux financier ou de gouvernance, la France a beaucoup Ă apprendre de ses concurrents internationaux. En baisse depuis cinq ans, les moyens que la France alloue Ă la promotion du tourisme sont bien en-deçà de ceux dont disposent Turespaña ou Brand USA, les Ă©quivalents d’Atout France en Espagne et aux Etats-Unis. Du point de vue de la gouvernance, la loi NOTRe a Ă©chouĂ© Ă rationaliser la politique publique du tourisme, qui demeure un cas emblĂ©matique d’éparpillement institutionnel. RĂ©sultat d’une rĂ©forme inachevĂ©e, la compĂ©tence tourisme est aujourd’hui Ă©clatĂ©e entre tous les Ă©chelons administratifs de notre territoire. Autant de constats qui rendent aujourd’hui impĂ©rative une rĂ©flexion d’ensemble sur l’avenir du secteur et une action rapide pour le relancer.C’est le sens du rapport de l’Institut Montaigne « Rester leader mondial du tourisme, un enjeu vital pour la France » (2014), qui prĂ´ne le renforcement des moyens d’Atout France, le dĂ©veloppement et la modernisation de nos infrastructures ou encore la modification profonde de notre gouvernance. Aujourd’hui, il est nĂ©cessaire de porter Ă nouveau ces propositions dans le dĂ©bat public. L’urgence conjoncturelle ne doit pas masquer les fragilitĂ©s de notre système, les mesures ponctuelles ne suffiront pas Ă rĂ©soudre les carences structurelles de notre Ă©conomie touristique.ImprimerPARTAGER