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BaccalaurĂ©at : massification ne rime pas avec dĂ©mocratisation

Baccalauréat : massification ne rime pas avec démocratisation
 Fanny Anor
Auteur
Ancienne chargée d'études senior

Les résultats viennent de tomber : 88,5% des candidats ont décroché le sésame, un record. Trente ans après l'objectif fixé par Jean-Pierre Chevènement ? alors ministre de l'Éducation nationale ? de "80% d'une classe d'âge au baccalauréat", où en sommes-nous ?

Un baccalauréat. Des baccalauréats ?

Cette annĂ©e, 52 % des candidats ont passĂ© le baccalaurĂ©at gĂ©nĂ©ral, 28 % le baccalaurĂ©at professionnel et 20 % le baccalaurĂ©at technologique. Si les rĂ©sultats dĂ©finitifs de la session 2016 ne seront connus qu’à la fin de la semaine, ils ne devraient pas diffĂ©rer radicalement de ceux des sessions prĂ©cĂ©dentes : 87,8 % de rĂ©ussite en 2015 et 88 % en 2014. L’an passĂ©, l’objectif de 80 % Ă©tait dĂ©jĂ  pratiquement atteint avec 77 % de bacheliers dans une gĂ©nĂ©ration. Ce chiffre cache pourtant une Ă©volution hĂ©tĂ©rogène : si la part des bacheliers gĂ©nĂ©raux et technologiques – environ 55% d’une classe d’âge – n’a pratiquement pas Ă©voluĂ© depuis vingt ans, la part des bacheliers professionnels a, quant Ă  elle, triplĂ©.

Un déterminisme social encore prégnant

S’il est vrai que le système Ă©ducatif français a su relever le dĂ©fi de la massification scolaire et celui de l’élĂ©vation du niveau de formation, le poids des dĂ©terminismes sociaux se lit dans l’origine sociale des bacheliers ; et, il s’accroit mĂŞme depuis les annĂ©es 2000 (cf. enquĂŞtes PISA, OCDE). Les filières gĂ©nĂ©rales comptent ainsi deux fois plus d’élèves issus de familles socialement favorisĂ©es (professions libĂ©rales, cadres, enseignants) que les filières technologiques (35,9 % et 17,7 % respectivement), et quatre fois plus que les filières professionnelles (8,1 %). Ainsi, sur 100 jeunes entrĂ©s en 6ème en 1995, 90 % des enfants d’enseignants ou de cadres ont obtenu le baccalaurĂ©at, contre seulement 40 % des enfants d’ouvriers non qualifiĂ©s.

La prĂ©gnance de l’origine sociale est plus perceptible encore lorsque l’on analyse les rĂ©sultats du baccalaurĂ©at gĂ©nĂ©ral : sur cette mĂŞme cohorte, 70 % des enfants d’enseignants ou de cadres obtiennent un baccalaurĂ©at gĂ©nĂ©ral contre moins de 20 % des enfants d’ouvriers ou d’inactifs. Dans une note publiĂ©e en juin dernier, le Conseil national d'Ă©valuation du système scolaire (CNESCO) l’affirme : "Ă  des inĂ©galitĂ©s verticales (certains Ă©lèves ont le bac et d’autres non), se sont substituĂ©es, dans le cadre d’une dĂ©mocratisation sĂ©grĂ©gative, des inĂ©galitĂ©s horizontales (tous les Ă©lèves n’ont pas le mĂŞme bac). Car les trois bacs (gĂ©nĂ©raux, technologiques et professionnels) ont des valeurs diffĂ©rentes et procurent des destins sociaux forts divergents".

Le baccalauréat, clé de la réussite dans le supérieur ?

L’accroissement de la part de bacheliers dans une classe d’âge ainsi que l’augmentation du nombre de bacheliers professionnels qui poursuivent leur scolaritĂ© dans le supĂ©rieur, ont conduit Ă  une croissance importante du nombre d’étudiants : 65 000 nouveaux Ă©tudiants Ă  la rentrĂ©e 2015, soit 2,5 millions d’inscrits dans l’enseignement supĂ©rieur en France et trois millions d’étudiants attendus d’ici 2020.

L’universitĂ© est aujourd’hui confrontĂ©e Ă  deux grands enjeux : s’ouvrir davantage aux bacheliers issus de tous horizons scolaires et sociaux ; et, une fois leur accès Ă  l’enseignement supĂ©rieur garanti, leur offrir de vraies chances de rĂ©ussite. Les taux d’échec, considĂ©rables en licence – sept bacheliers gĂ©nĂ©raux sur dix Ă©chouent Ă  obtenir leur licence en trois ans –, rappellent l’implacable sĂ©lection qui s’y opère. Ces taux d’échecs varient fortement selon le baccalaurĂ©at obtenu : si 34,7 % des bacheliers gĂ©nĂ©raux obtiennent leur licence en trois ans, ce chiffre n’est que de 6,9 % pour les bacheliers technologiques et de 3,7 % pour les bacheliers professionnels. La rĂ©ussite Ă  l’universitĂ© est Ă©galement Ă©troitement corrĂ©lĂ©e Ă  l’origine sociale : "sur 100 jeunes entrĂ©s en 6e en 1995, 44 sont dĂ©sormais titulaires d’un diplĂ´me de l’enseignement supĂ©rieur. Cette proportion varie de 20 % pour les enfants d’ouvriers non qualifiĂ©s Ă  76 % pour les enfants de cadres ou d’enseignants."

Comment faire réussir tous les bacheliers à l’université ?

Dans l’étude UniversitĂ© pour une nouvelle ambition, l’Institut Montaigne formule des propositions concrètes pour concilier excellence et rĂ©ussite de tous Ă  l’universitĂ©. Il est indispensable que les prĂ©requis jugĂ©s nĂ©cessaires pour rĂ©ussir dans une filière soient explicitement Ă©noncĂ©s, c'est-Ă -dire, par exemple, dĂ©finir des seuils minimum de compĂ©tence selon les matières. Cela permettrait non seulement de mettre fin Ă  une hypocrisie : la sĂ©lection se fait aujourd’hui par l’échec et favorise les enfants issus des milieux les plus favorisĂ©s ; mais surtout, de dĂ©velopper des pĂ©dagogies adaptĂ©es pour mettre fin Ă  un intolĂ©rable gâchis. En d’autres termes, il convient de donner les mĂŞmes chances aux bacheliers technologiques ou professionnels et cela passe par un accueil et un accompagnement spĂ©cifiques.

Cela ne veut pas dire que les bacheliers technologiques ou professionnels n’ont pas leur place Ă  l’universitĂ©, mais ils doivent y ĂŞtre accueillis et accompagnĂ©s de façon spĂ©cifique. Une plus grande sĂ©lectivitĂ© et un meilleur accompagnement permettraient de lutter plus efficacement contre les taux d’échec massifs qui gangrènent l’enseignement supĂ©rieur. La sĂ©lection Ă  l’entrĂ©e des BTS, des IUT, des IEP, des Ă©coles d’ingĂ©nieurs publiques, des CPGE, est admise par tous, pourquoi serait-elle moins lĂ©gitime Ă  l’entrĂ©e en L1 ou en M1 ?

Depuis trop longtemps, la peur de l’opposition que susciterait l’introduction d’une sélection à l’université l’emporte sur l’indignation que devrait provoquer les centaines de milliers d’étudiants qui, chaque année, y échouent. L’objectif ambitieux fixé par le gouvernement de deux jeunes Français sur trois diplômés de l’enseignement supérieur en 2025, impose d’assurer la réussite de tous les bacheliers, et donc de mieux les orienter et de mieux les accompagner. Il s’agit là d’un enjeu fondamental pour l'insertion professionnelle de notre jeunesse, dont le taux de chômage reste anormalement élevé en France.

Pour aller plus loin

(Re)lisez BaccalaurĂ©at : brisons les tabous ! Trois questions Ă  Laurent Bigorgne

Retour sur notre événement Quel enseignement supérieur pour la France en 2020 ?

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