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Aubry-Royal : guerre fratricide sur fond de lutte des classes dominantes

 Philippe Manière
Auteur
Président-fondateur de Footprint > consultants

Au PS, la guerre totale oppose deux femmes, deux personnalités, mais également deux visions du parti. A priori, tout semble opposer Ségolène Royal et Martine Aubry. Mais les deux pasionarias socialistes se rejoignent sur un point : elles partagent une même ambition présidentielle.

Le tempo du pouvoir Les Français ont pu voir l’ambition de S. Royal s’exprimer en 2007. Une ambition aujourd’hui encore intacte… Celle de Martine Aubry a Ă©tĂ© longtemps diffĂ©rĂ©e. C’est ce qui prĂ©cisĂ©ment la rend encore plus ardente. Souvenez-vous que M. Aubry a vĂ©cu la dĂ©faite de Lionel Jospin, puis sa propre dĂ©faite aux lĂ©gislatives, sans compter une pĂ©riode de disgrâce personnelle liĂ©e au mĂ©samour des 35h… Cependant, elle a su se construire un bastion Ă  Lille et revenir dans la course nationale en prenant son temps. Aujourd’hui, elle est pressĂ©e d’y arriver…

Deux incarnations contraires Martine Aubry arbore les couleurs d’un parti socialiste, version canal historique, celui des caciques, celui de l’organisation implacable. SĂ©golène Royal incarne tout le contraire : elle joue sur l’intuition et le charisme. Elle s’appuie sur les militants, Ă  l’amĂ©ricaine, elle court-circuite la hiĂ©rarchie officielle. Par consĂ©quent, il y a fort peu de chances que ces deux femmes cohabitent harmonieusement…

Une satisfaction mal placĂ©e Devant cette course au pouvoir sur fond de dĂ©chirure et de contestation, la droite se frotte les mains… L’UMP ne s’est pas privĂ©e de railler largement ses adversaires ce week-end. Mais sans doute trop. Si les bisbilles entre socialistes sont a priori de bonne augure pour Nicolas Sarkozy, n’oublions pas que les Français, ont tous besoin d’une majoritĂ© et d’une opposition qui fonctionnent. Or, le psychodrame auquel nous assistons, affaiblit et dĂ©crĂ©dibilise l’ensemble de la classe politique.

Lutte des classes au cœur des Ă©lites Mais avant tout, cette lutte entre les deux sœurs ennemies semble renvoyer plus globalement Ă  une question que ni le pays ni les politiques n’ont tranchĂ©, celui de la lĂ©gitimitĂ© des Ă©lites et de leur sĂ©lection. Il y a deux ans, la dĂ©testation que SĂ©golène Royal cristallisait dans son propre camp, en particulier chez les gens chics et propres sur eux, Ă©tait frappante. Cette attitude rappelait cette espèce de mĂ©pris de classe dont Pierre BĂ©rĂ©govoy avait fait les frais –souvenez-vous qu’on avait mĂŞme parlĂ© de ses chaussettes. Elle renvoie aussi Ă  l’aversion qu’affichaient les apparatchiks masculins du PS Ă  l’encontre d’Edith Cresson. Ces mĂŞmes personnes bien Ă©duquĂ©s et parfaitement technocrates font, aujourd’hui encore, un vrai procès en lĂ©gitimitĂ© Ă  SĂ©golène Royal.

DrĂ´le de dĂ©mocratie d’aristocratie Ce qui commence Ă  ĂŞtre assez drĂ´le, c’est qu’Ă  l’image du sparadrap du capitaine Haddock, les petits marquis n’arrivent plus Ă  se dĂ©barrasser de SĂ©golène Royal… L’explication en est toute simple : les adhĂ©rents du PS, comme les Français, n’aiment pas ce cĂ´tĂ© endogame, autoproclamĂ© des Ă©lites. Par consĂ©quent, leur imposer SĂ©golène Royal est une forme de vengeance. Nul ne sait jusqu’oĂą ira l’ancienne candidate Ă  la prĂ©sidentielle, mais en revanche il est certain que les Français n’iront pas loin si nous continuons de prĂ©tendre ĂŞtre une vraie dĂ©mocratie alors que nous fonctionnons encore sur un mode très aristocratique. Le bras de fer pour le contrĂ´le du PS est le rĂ©vĂ©lateur de ce problème, mais celui-ci se pose Ă  Droite comme Ă  Gauche !

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