AccueilExpressions par MontaigneAssurance-chĂ´mage : que proposent les candidats ?La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Action publique08/03/2017ImprimerPARTAGERAssurance-chĂ´mage : que proposent les candidats ?Auteur Marc-Antoine Authier Ancien chargĂ© d'Ă©tudes - Energie, DĂ©veloppement durable Ă l'Institut Montaigne Le chômage demeure la première préoccupation des Français, selon un sondage réalisé par l'Ifop en janvier. Avec un taux de chômage avoisinant encore les 10 % et une dette cumulée de l'Unédic qui devrait atteindre 33,8 milliards d'euros en 2017, la situation semble effectivement alarmante et il devient urgent de mener des réformes de fond.Le rĂ©gime d’assurance-chĂ´mage joue un rĂ´le central dans les politiques de l’emploi en France. En effet, le montant des cotisations impacte directement la compĂ©titivitĂ© des entreprises et les règles de l’indemnisation des chĂ´meurs jouent un rĂ´le clĂ© dans leur accompagnement vers le retour Ă l'activitĂ©. En France, l’UnĂ©dic est l’organisme chargĂ© de piloter ce rĂ©gime. Sa gestion est paritaire, c’est-Ă -dire assurĂ©e conjointement par les organisations patronales et syndicales reprĂ©sentatives.Après l’échec des nĂ©gociations en juin 2016, les partenaires sociaux ont finalement repris les discussions Ă la mi-fĂ©vrier. Ils devraient ainsi s’accorder sur une nouvelle convention avant l’élection prĂ©sidentielle. Et pour cause : le rĂ©gime d’assurance-chĂ´mage se trouve encore au cĹ“ur des dĂ©bats, et l’arrivĂ©e d’un nouveau gouvernement au printemps pourrait les dĂ©possĂ©der de cette prĂ©rogative. DĂ©cryptage des solutions proposĂ©es par les candidats en matière d’assurance-chĂ´mage.RĂ©formes Ă rĂ©gime constantLa convention qui fixe les paramètres du rĂ©gime d’assurance chĂ´mage - montants des cotisations, durĂ©e des allocations, taux de remplacement, etc. - est Ă©tablie tous les deux ans par les partenaires sociaux et non par l’État, qui se contente seulement d’agrĂ©er cette convention. Autrement dit, le PrĂ©sident de la RĂ©publique ne peut pas directement modifier les paramètres de l’assurance-chĂ´mage sauf s’il propose de changer la gouvernance de l’UnĂ©dic, organisme paritaire chargĂ© de gĂ©rer le rĂ©gime.Marine Le Pen propose de rĂ©duire le dĂ©ficit de l’UnĂ©dic en instaurant une taxe additionnelle sur tout nouveau contrat d'employĂ© Ă©tranger. La recette ainsi constituĂ©e serait alors versĂ©e Ă l'indemnisation des chĂ´meurs. Étant donnĂ© la situation financière du rĂ©gime, cette nouvelle ressource financière ne se traduirait pas directement par une augmentation ni de la durĂ©e ni du montant des allocations, mais occasionnerait tout de mĂŞme une rĂ©duction du dĂ©ficit de l’UnĂ©dic. Ces mĂŞmes recettes financeraient Ă©galement une baisse des cotisations salariales pour l’assurance-chĂ´mage.Jean-Luc MĂ©lenchon propose quant Ă lui de faire reconnaĂ®tre un droit opposable Ă l'emploi. Autrement dit, tout citoyen en situation de chĂ´mage de longue durĂ©e pourrait faire valoir ce nouveau droit, l'État devenant l'employeur en dernier ressort. La puissance publique devrait proposer un emploi au chĂ´meur en lien avec sa qualification, sur une mission d'intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral. L'indemnisation par l'allocation-chĂ´mage se poursuivrait jusqu'Ă ce qu'un emploi soit proposĂ©, quitte Ă ce que l’État prenne en charge l’augmentation Ă©ventuelle de la durĂ©e d’allocation.PrioritĂ© Ă la rĂ©duction des dĂ©pensesDans son programme Ă©conomique, François Fillonpropose d’économiser 10 milliards d’euros sur l’assurance-chĂ´mage au cours du quinquennat. Il prĂ©voit Ă cette fin d’activer deux leviers : le plafonnement des allocations Ă 75 % de remplacement du salaire de rĂ©fĂ©rence, d’une part ; la forte dĂ©gressivitĂ© des allocations, d’autre part. Cette dernière mesure concernerait les demandeurs d’emploi ayant consommĂ© au moins six mois de droits. Sa mise en Ĺ“uvre nĂ©cessiterait un dĂ©cret et, sans remise en cause de la gouvernance de l’UnĂ©dic, un accord des partenaires sociaux. Le candidat Les RĂ©publicains prĂ©voit Ă©galement d’appliquer la loi concernant le refus d’offres emploi. Enfin, François Fillon a indiquĂ© qu’il souhaitait retirer la garantie apportĂ©e de fait par l’État Ă la dette de l’UnĂ©dic, ce qui mettrait les partenaires sociaux en situation de rĂ©tablir urgemment l’équilibre des comptes.Emmanuel Macron propose une rĂ©forme du rĂ©gime d’assurance-chĂ´mage qui permettrait Ă©galement de rĂ©aliser 10 milliards d’euros d’économie pendant le quinquennat. S’il a pourtant annoncĂ© sa volontĂ© de ne pas modifier les paramètres du rĂ©gime, ces rĂ©ductions de dĂ©penses proviendraient de rĂ©formes structurelles de ce dernier..Notons que ces deux chiffrages reposent sur une hypothèse de rĂ©duction du chĂ´mage de 10 % Ă 7 % permise par une amĂ©lioration de la conjoncture Ă©conomique et une meilleure compĂ©titivitĂ© des entreprises françaises.Adapter le rĂ©gime aux mutations du marchĂ© du travailEmmanuel Macron propose de revoir en profondeur la gouvernance du rĂ©gime de l’assurance-chĂ´mage, qui ne serait plus paritaire mais publique. Ce changement de paradigme permettrait d'aller vers une assurance-chĂ´mage universelle, Ă l’instar de l'assurance-maladie. En consĂ©quence, les cotisations salariales d'assurance-chĂ´mage seraient supprimĂ©es et cette baisse de recettes serait compensĂ©e par une hausse de la CSG sauf pour les petites retraites. Dans cette logique, l’assurance-chĂ´mage serait accessible en cas de dĂ©mission une fois tous les cinq ans. Cependant, le candidat d’En Marche ! a Ă©galement prĂ©cisĂ© qu’il souhaite en contrepartie que soit suspendu le versement des allocations-chĂ´mage après le refus de plus de deux offres d'emploi "dĂ©cent", c’est-Ă -dire pour un salaire qui n'est pas infĂ©rieur de plus de 20-25 % Ă l'ancien poste.BenoĂ®t Hamon a Ă©galement fait de l’extension du rĂ©gime d’assurance-chĂ´mage son principal axe de rĂ©forme du rĂ©gime. Pour le candidat socialiste, cette rĂ©forme constitue d’abord un soutien Ă l’entrepreneuriat. Il veut ainsi permettre Ă chaque entrepreneur de bĂ©nĂ©ficier d’une protection contre le chĂ´mage, c’est-Ă -dire d’un droit Ă l’échec. Il s’agirait d’une protection chĂ´mage de base pour tous les indĂ©pendants.François Fillon propose quant Ă lui de donner le droit Ă tout dirigeant d’entreprise avec un statut de mandataire social cotisant d’accĂ©der Ă une caisse spĂ©cifique d’assurance-chĂ´mage.Assumer un tripartisme transparentSi les partenaires sociaux pilotent le rĂ©gime d’assurance-chĂ´mage, l’articulation avec les politiques publiques demeure fondamentale. Ainsi, c’est elle qui prend en charge l’assistance portĂ©e aux chĂ´meurs arrivĂ©s en fin de droits. Il est donc clair que les partenaires sociaux doivent travailler en bonne intelligence avec l’État pour ce qui concerne la dĂ©termination des autres paramètres influant sur l’emploi. Or, Ă l’heure actuelle, cette gouvernance tripartite n’est pas assumĂ©e, et la dĂ©fenses d’intĂ©rĂŞts politiques prend le pas sur un pilotage responsable du rĂ©gime.Dans son rapport ''Dernière chance pour le paritarisme de gestion'', l’Institut Montaigne recommande donc d’assumer un tripartisme clair en matière de gouvernance du rĂ©gime d’assurance-chĂ´mage. Autrement dit, nous proposons une clarification des rĂ´les de la puissance publique, des syndicats et du patronat. Dans cette configuration, les partenaires sociaux proposeraient des orientations pour la gestion du rĂ©gime, qui seraient ensuite approuvĂ©es par le Parlement. Cette mise au clair devrait en outre rĂ©pondre de la “règle d’or” obligeant les partenaires sociaux Ă prĂ©senter des comptes Ă l’équilibre pour tous les organismes qu’ils co-gèrent.Pour aller plus loinPrĂ©sidentielle 2017 : le grand dĂ©cryptage - Économie et EntreprisesAssurance-chĂ´mage : deuxième et dernière chance ?Pour en finir avec le chĂ´mageImprimerPARTAGER