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Après Bruxelles et le G7 – Vers un gaullisme europĂ©en ?

Après Bruxelles et le G7 – Vers un gaullisme européen ?
 Michel Duclos
Auteur
Expert Résident, Conseiller spécial - Géopolitique et Diplomatie

 

Michel Duclos, ancien Ambassadeur de France, décrypte les enjeux de la relation entre la nouvelle administration américaine et ses partenaires transatlantiques.

On pouvait penser que le déplacement de Donald Trump à Bruxelles pour le sommet de l’OTAN puis à Taormina pour le G7 permettrait une certaine normalisation des relations entre la nouvelle administration américaine et ses partenaires transatlantiques.

C’est à peu près l’inverse qui s’est produit. Au-delà des propos intempestifs du président américain, de certaines de ses attitudes, des divergences qui se sont étalées au G7 entre les États-Unis et les Européens sur le commerce et sur le climat, ces quelques jours du mois de mai finissant ont en quelque sorte cristallisé un changement d’orientation majeur de la politique américaine.

Washington ne croit plus qu’il lui incombe de soutenir l’ordre international libéral issu de la Seconde Guerre mondiale. Rome n’est plus dans Rome. Le Président américain a morigéné ses alliés de l’OTAN mais s’est abstenu de rappeler la solidarité existentielle entre l’Amérique et l’Europe que matérialise l’article V du traité de l’Alliance Atlantique. Il se détourne des objectifs communs de gestion multilatérale des grands enjeux du monde. Sur le plan des valeurs, après avoir proclamé à Riyad que l’Amérique s’abstiendrait désormais de donner des leçons aux autres sur la manière de gouverner, il a refusé à Taormina tout geste sur le sort des réfugiés.

La chancelière allemande, qui ne passe pas par ailleurs pour complaisante Ă  l’égard de la Russie, a tirĂ© la leçon de son long week-end avec M. Trump en dĂ©clarant Ă  Munich le 28 mai que les EuropĂ©ens ne pouvaient plus faire entièrement confiance aux États-Unis et au Royaume-Uni. Ils ne pouvaient plus compter que sur eux-mĂŞmes. Il leur appartenait dĂ©sormais de prendre leur destin en main. Langage en quelque sorte gaullien, dans l’attitude au moins sinon sur la forme, ni d’ailleurs sur le fond : ce dont il s’agit dĂ©sormais c’est de reprendre le flambeau de la dĂ©fense de l’ordre international libĂ©ral.

L’Allemagne ne peut à elle seule assumer ce rôle. Elle a besoin de l’Europe. Elle a surtout besoin de la France. Il se trouve qu’à l’occasion des mêmes sommets de Bruxelles et de Taormina, le nouveau président de la République française a pris ses marques sur la scène internationale. Paré du prestige de sa victoire contre le populisme, M. Macron partage la même volonté que Berlin de faire exister l’Europe et de promouvoir un monde ouvert. Ce qui pourrait réunir l’Allemagne de Mme Merkel et la France de M. Macron, à condition que celle-ci soit capable de faire les réformes que l’on attend d’elle depuis trois décennies, c’est une forme de gaullisme élargi à l’Europe, c’est en fait un gaullisme européen.

Il ne faut pas se faire d’illusions cependant. La rudesse du monde qui nous attend ne vient pas seulement du changement de direction de la politique amĂ©ricaine. Elle rĂ©sulte aussi d’un contexte oĂą plus rien ne peut ĂŞtre tenu pour acquis : la Chine se montre davantage soucieuse de ses responsabilitĂ©s vis-Ă -vis des enjeux globaux (cf. : le climat ou les opĂ©rations de maintien de la paix de l’ONU) mais imprime Ă  sa politique rĂ©gionale un tour de plus en plus impĂ©rieux, la Russie en annexant la CrimĂ©e a profondĂ©ment dĂ©stabilisĂ© l’ordre europĂ©en et paraĂ®t avant tout avide de revanche, rien n’indique que la spirale de la destruction au Levant et au Proche-Orient puisse ĂŞtre enrayĂ©e Ă  court ou moyen terme, les grands pays Ă©mergents (Inde, BrĂ©sil) ou nĂ©o-Ă©mergents (Turquie, NigĂ©ria, IndonĂ©sie) qui pourraient ĂŞtre les partenaires naturels de l’Europe dans la globalisation, sont tous plus ou moins en difficultĂ© et pour certains en proie Ă  des dĂ©rives autoritaires, les grandes organisations internationales ont perdu leur aura autant que leur efficacitĂ©.

Il faudra donc au gaullisme européen que Mme Merkel et M. Macron pourraient incarner une vigueur, une ambition, une détermination considérables mais aussi une capacité de manœuvre à toute épreuve. Il ne saurait être question par exemple de s’opposer sur tout aux Etats-Unis, qui restera notre principal allié pour détruire Daesh et réduire al-Qaida. L’ère qui s’ouvre sera celle des partenariats, voire des alliances à géométrie variable.

Au demeurant, les fortes paroles de la Chancelière, une fois passĂ© le "moment Bruxelles-G7 ", se traduiront-elles en une politique Ă  long terme de la part de l’Allemagne ? Si c’était le cas, la capacitĂ© d’action conjuguĂ©e de Paris et Berlin rĂ©siderait dans les ressources Ă©conomiques, militaires, financières, culturelles qu’ils peuvent mobiliser, surtout s’ils sont capables d'entraĂ®ner les autres EuropĂ©ens. Elle serait par ailleurs amplifiĂ©e par la complĂ©mentaritĂ© des cultures diplomatiques et stratĂ©giques des deux pays.

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