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Apprentissage : les annonces sont-elles Ă  la hauteur des dĂ©fis ?

Apprentissage : les annonces sont-elles à la hauteur des défis ?
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500 000 apprentis : c'est l'objectif fixé par François Hollande en début de quinquennat. Son horizon ? 2017. À un an de la date butoir, avec 400 000 apprentis (contre 438 000 en 2012), l'ambition présidentielle semble difficile à atteindre. Baisse de 8 % en 2013, puis de 3,2 % en 2014 : les effectifs de l'apprentissage peinent à rebondir, malgré les plans de relance et les réformes à répétition. Le 18 janvier, le Président de la République a présenté son « plan d'urgence pour l'emploi », dont une part importante est consacrée à l'apprentissage. Quelles en sont les principales mesures ? Sont-elles à la hauteur de l'ambition présidentielle ? Décryptage.

L’apprentissage, « filière de réussite et d’excellence »

« Filière de rĂ©ussite et d’excellence » : c’est en ces termes que le PrĂ©sident de la RĂ©publique a Ă©voquĂ© l’apprentissage, affichĂ© comme la prioritĂ© du plan d’urgence pour l’emploi dĂ©voilĂ© lundi 18 janvier. Trois volets ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s par le chef de l’État  pour sa mise en Ĺ“uvre : l’élargissement de l’offre et des pĂ©riodes de formation en apprentissage ; la crĂ©ation de nouvelles formations en alternance, avec 1 000 postes administratifs spĂ©cialement affectĂ©s Ă  cette tâche dès 2017 ; et l’extension du pouvoir des rĂ©gions en matière d’apprentissage. Pour cette dernière mesure, François Hollande s’est dit « prĂŞt Ă  modifier la loi si nĂ©cessaire. » Il a rappelĂ© l’importance de l’échelon rĂ©gional dans les politiques de formation professionnelle et d’apprentissage. Dans le dĂ©tail, ces mesures engendreront la gĂ©nĂ©ralisation de formations reconnues par un titre professionnel dĂ©livrĂ© par l’État, le renforcement de l’alternance au sein de l’Éducation nationale et la possibilitĂ© offerte aux entreprises d’ouvrir des CFA. 


Un essoufflement des dispositifs : panorama de l’apprentissage en France

Les mesures dĂ©voilĂ©es ce matin interviennent dans un contexte marquĂ© par l’essoufflement de l’apprentissage en France. Après une forte baisse au mois d’octobre  ; le mois de novembre enregistre une très lĂ©gère amĂ©lioration (40 000 nouveaux contrats enregistrĂ©s, contre 37 000 en novembre 2014). Cette hausse du flux, sur une pĂ©riode de l’annĂ©e peu reprĂ©sentative, ne doit cependant pas masquer la stagnation du stock d’apprentis (381 000 en novembre 2015, contre 381 400 en novembre 2014). La baisse est, par ailleurs, très marquĂ©e dans le secteur privĂ©, pourtant principal pourvoyeur de contrats d’apprentissage (97 %). Si le secteur public permet de rehausser la moyenne, il ne suffit pas Ă  contrer la tendance baissière qui s’est installĂ©e depuis deux ans. Enfin, depuis 2005, la progression des effectifs de l’apprentissage n’est due qu’à son essor dans l’enseignement supĂ©rieur, tandis que le nombre d’entrĂ©es en apprentissage pour les niveaux infĂ©rieurs ou Ă©gal au CAP diminue… Alors mĂŞme que ce sont les niveaux d’enseignement les plus touchĂ©s par le chĂ´mage. Afin d’endiguer ce phĂ©nomène, le gouvernement a dĂ©jĂ  lancĂ© de nombreuses rĂ©formes. Alors qu’en 2013 la forte rĂ©duction des aides Ă  l’embauche d’apprentis avait accĂ©lĂ©rĂ© sa chute, le PrĂ©sident n’a, depuis, cessĂ© les retours en arrière: plan de mobilisation pour la rentrĂ©e 2015 sur l’apprentissage, assouplissement des règlementations, amendement au projet de loi Dialogue social, dĂ©crets du 19 avril 2015 pour la rĂ©alisation de travaux dangereux… Ces plans successifs n’ont cependant pas permis de contrer la tendance baissière.


Des annonces suffisamment ambitieuses ?

L’enjeu des dernières annonces est donc de taille, Ă  un peu plus d’un an de l’élection prĂ©sidentielle. L’élargissement de la compĂ©tence rĂ©gionale en matière d’apprentissage, tout comme le renforcement de l’alternance au sein de l’Éducation nationale vont dans le sens d’une rationalisation de cette politique.  Si ces mesures paraissent porteuses, il est regrettable qu’un certain nombre de sujets n’ait pas Ă©tĂ© Ă©voquĂ© par le chef de l’État. Rien par exemple sur un potentiel allègement des contraintes juridiques qui pèsent sur les entreprises qui souhaitent engager un apprenti. Rien non plus concernant la place – pourtant cruciale – des partenaires sociaux dans la concertation sur l’apprentissage. Rien, enfin, sur l’articulation entre lycĂ©es professionnels (oĂą seuls 20 % des Ă©lèves sont en apprentissage) et CFA, aujourd’hui Ă©clatĂ©e. Autant de pistes que l’Institut Montaigne avançait dans deux de ces rĂ©cents travaux : L'apprentissage, un vaccin contre le chĂ´mage des jeunes (mai 2015) et DĂ©centralisation : sortons de la confusion (janvier 2016).
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