AccueilExpressions par Montaigne[Anti-brouillard] Le Brexit n’a pas eu lieu (pas encore)La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Union EuropĂ©enne28/03/2017ImprimerPARTAGER[Anti-brouillard] Le Brexit n’a pas eu lieu (pas encore)Auteur Institut Montaigne Le 23 juin 2016, les électeurs britanniques ont voté en faveur de la sortie du Royaume-uni de l'Union européenne. Depuis, une partie des mouvements eurosceptiques britanniques et continentaux mettent en avant les bons résultats de l'économie britannique pour justifier leur opposition au projet européen. Cependant, ils oublient de préciser que pour l'heure, Londres reste toujours un État membre à part entière. Les négociations ne commenceront véritablement qu'après ce mercredi 29 mars, date à laquelle sera officiellement activé l'article 50 du traité sur l'Union européenne et donc engagé le processus de sortie. A ce jour, on ne sait pas comment le Royaume-Uni et son économie réagiront à la vie hors de l'UE.Le sort de l’économie britannique dĂ©pendra en grande partie de l’issue des nĂ©gociations avec l’Union europĂ©enne et de l’accord commercial qui sera trouvĂ© entre les deux marchĂ©s. Du fait de sa taille, l’UE devrait aborder ces nĂ©gociations en position de force. Cependant, le Brexit constitue avant tout une question politique pour les 27 et l’avenir du projet europĂ©en reposera en grande partie sur leur capacitĂ© Ă ne pas se consacrer uniquement au dĂ©part du Royaume-Uni dans le courant des prochains mois. La situation de l’économie britannique est aujourd’hui stable...Les questions Ă©conomiques ont jouĂ© un rĂ´le prĂ©pondĂ©rant dans la campagne Ă©lectorale du Brexit. Les partisans du maintien dans l’Union europĂ©enne (UE) ont fait valoir les bĂ©nĂ©fices Ă©conomiques liĂ©s Ă l’appartenance au marchĂ© intĂ©rieur ainsi que les risques qu’une sortie ferait peser sur l’activitĂ© commerciale du pays. Les partisans du Brexit ont eux fait valoir les avantages Ă©conomiques qu’il y aurait Ă ne pas ĂŞtre membres de l’UE et mettent Ă prĂ©sent en avant la bonne santĂ© actuelle de l’économie britannique. En effet, depuis le 23 juin dernier, l’économie du Royaume-Uni ne semble pas avoir souffert du vote en faveur de la sortie. Le FTSE 100, principal indice boursier du pays, a atteint un niveau 16 % supĂ©rieur Ă celui qu’il avait Ă la veille du Brexit. Le dĂ©ficit commercial pour l’annĂ©e 2016 s’est Ă©galement rĂ©duit. Il est de 10,8 milliards de pounds, soit infĂ©rieur de 1 milliard aux prĂ©visions des Ă©conomistes. … mais le Brexit est encore virtuelCette bonne performance est difficilement imputable au rĂ©sultat du rĂ©fĂ©rendum et Ă la perspective de la sortie. De fait, le Brexit n’est encore que virtuel et, la bonne santĂ© Ă©conomique du Royaume-Uni pourrait aussi bien ĂŞtre prĂ©sentĂ©e comme la preuve que prospĂ©ritĂ© Ă©conomique et appartenance Ă l’UE sont parfaitement compatibles. Le vĂ©ritable dĂ©part du Royaume-Uni n’interviendra qu’à l’issue des nĂ©gociations, dont la durĂ©e est fixĂ©e Ă deux ans maximum par l’article 50 du traitĂ© sur l’Union europĂ©enne (TUE). Il ne sera donc effectif qu’en 2019 au plus tĂ´t. Cette sortie devrait notamment entraĂ®ner trois difficultĂ©s pour l’économie britannique : l’accès au marchĂ© intĂ©rieur europĂ©en, l’avenir de la City et l’accès aux marchĂ©s des États tiers. L’accès au marchĂ© intĂ©rieur europĂ©enTheresa May souhaite que son son pays quitte l’union douanière europĂ©enne, ce qui signifie que le Royaume-Uni n’appartiendra plus au marchĂ© intĂ©rieur. De fait, l’UE pourra alors appliquer des droits de douanes aux produits et aux services provenant d’outre-Manche. Par ailleurs, le marchĂ© intĂ©rieur europĂ©en ne se limite pas Ă l’union douanière. Une grande partie des normes qui s’appliquent au commerce sont dĂ©cidĂ©es Ă l’échelon europĂ©en afin de faciliter les Ă©changes au sein de ce marchĂ©. Lorsque le Royaume-Uni n’appartiendra plus Ă l’UE, il dĂ©finira ses propres rĂ©glementations, ce qui entraĂ®nera des coĂ»ts de mise aux normes pour les entreprises britanniques voulant exporter vers l’UE.L’avenir de la CityL’industrie financière britannique reprĂ©sente 8 % de la richesse produite au Royaume-Uni et 25 % des services financiers europĂ©ens. Une fois le Royaume-Uni sorti du marchĂ© intĂ©rieur, les institutions financières de la City ne bĂ©nĂ©ficieront plus du passeport europĂ©en qui leur permet actuellement d’exporter leurs services au sein de l’UE. De nombreuses institutions basĂ©es Ă Londres pourraient alors quitter le Royaume-Uni pour s’implanter au sein de l’UE afin de garantir leur accès Ă ce marchĂ©. Le 18 janvier dernier, HSBC a ainsi annoncĂ© le transfert de 1 000 emplois de Londres vers Paris. Le Royaume-Uni au sein du commerce mondialActuellement, la politique commerciale commune fait partie des compĂ©tences exclusives de l’UE. Seule la Commission europĂ©enne peut nĂ©gocier un accord commercial entre l’UE et un État tiers. Une fois le Brexit effectif, le Royaume-Uni ne pourra plus bĂ©nĂ©ficier des accords commerciaux conclus entre l’UE et les États tiers. Il lui faudra donc nĂ©gocier de nouveaux accords. Or, en la matière, la capacitĂ© d’un État Ă obtenir un accord commercial favorable Ă ses intĂ©rĂŞts est proportionnelle Ă la taille de son propre marchĂ©. Il est donc Ă attendre que le Royaume-Uni n’obtienne pas des conditions commerciales aussi avantageuses que celles nĂ©gociĂ©es par l’UE. De plus, les nĂ©gociations commerciales durent de longues annĂ©es et mobilisent d’importantes ressources humaines. Il sera donc très difficile pour le Royaume-Uni de mener simultanĂ©ment des nĂ©gociations commerciales avec des puissances Ă©conomiques aussi importantes que les États-Unis, l’Inde ou encore l’Australie. Quel avenir pour l’UE dans ce contexte ? CĂ´tĂ© europĂ©en, le Brexit pourrait Ă©galement avoir un effet nĂ©gatif sur les exportations du continent vers le Royaume-Uni, soit 6 % des exportations totales de l’UE. Mais le dĂ©part de Londres pose avant tout un problème politique. Pour la première fois, un État membre s’apprĂŞte Ă quitter l’UE. Les 27 souhaitent Ă prĂ©sent Ă©viter que le processus de sortie du Royaume-Uni constitue un frein au processus d’intĂ©gration europĂ©enne ou mĂŞme le point de dĂ©part d’un mouvement de dĂ©construction. Ă€ l’occasion des commĂ©morations des 60 ans de la signature des traitĂ©s de Rome, les 24 et 25 mars 2017, les 27 ont collectivement dĂ©clarĂ© leur volontĂ© de construire une “Union qui soit sĂ»re et sĂ©curisĂ©e, prospère, compĂ©titive, soucieuse du dĂ©veloppement durable et socialement responsable, et qui ait la volontĂ© et la capacitĂ© de jouer un rĂ´le de premier plan dans le monde et de peser sur la mondialisation”. Les chefs d’État et de gouvernement se sont ainsi fixĂ© quatre objectifs pour les prochaines annĂ©es : 1. assurer la sĂ©curitĂ© du territoire et des citoyens europĂ©ens.2. assurer la prospĂ©ritĂ© de l’économie europĂ©enne.3. Ĺ“uvrer pour une "Europe sociale" et "durable".4. dĂ©fendre les intĂ©rĂŞts europĂ©ens sur la scène mondiale.Le rapport L’Europe dont nous avons besoin, que l’Institut Montaigne a rendu public cette semaine, partage ces objectifs. Il attire cependant l’attention sur le risque d’immobilisme liĂ© au Brexit et propose de faire du renforcement de la zone euro la prioritĂ© politique des prochaines annĂ©es. La zone euro reprĂ©sente le point d’aboutissement de dĂ©cennies d’intĂ©gration Ă©conomique et politique entre les États membres et constitue ainsi le vĂ©ritable cĹ“ur de l’UE. Cependant, sa gouvernance doit ĂŞtre complĂ©tĂ©e afin de mieux rĂ©pondre aux crises futures et de consolider l’architecture globale de la construction europĂ©enne. A cette fin, nous proposons notamment que les États membres ayant adoptĂ© la monnaie unique : dĂ©finissent chaque annĂ©e une politique Ă©conomique et budgĂ©taire coopĂ©rative globale de la zone euro, endossĂ©es par les chefs d’État et de gouvernement ; intègrent mieux dans leur droit national les règles budgĂ©taires de la zone euro ; dĂ©cident de transformer le MĂ©canisme europĂ©en de stabilitĂ© en Fonds monĂ©taire europĂ©en et travaillent Ă la mise en place d’un budget de la zone euro. Retrouvez l’ensemble des propositions de notre rapport sur cette page dĂ©diĂ©e. ImprimerPARTAGER