Rechercher un rapport, une publication, un expert...
La plateforme de débats et d’actualités de l’Institut Montaigne
Imprimer
PARTAGER

Age de la retraite : ne chipotons pas !

Age de la retraite : ne chipotons pas !
 Jacques Bichot
Auteur
Professeur émérite à l'Université Lyon 3

Il était évidemment nécessaire de décider des économies sur les retraites par répartition comme sur la plupart des autres dépenses publiques. S’y est-on pris de la bonne manière ? Faut-il pour autant remettre en question la décision prise (1) ?

Age de la retraite : une situation d'urgence
En France, une succession d’erreurs de jugement (les rĂ©ductions d’impĂ´ts en dĂ©but de quinquennat, quand l’Ă©conomie se portait assez bien ; une rĂ©forme des retraites trop tardive et manquant d’envergure ; etc.) s’est combinĂ©e avec l’incapacitĂ© des EuropĂ©ens Ă  dĂ©cider vite et bien quand la crise de la dette s’est profilĂ©e Ă  l’horizon. Il faut donc prendre des mesures le couteau sous la gorge. En pareille circonstance, il ne s’agit pas de faire la fine bouche : l’union nationale s’impose, et donc laissons le PrĂ©sident et le Gouvernement faire voter par le Parlement ce qu’ils ont annoncĂ© en urgence, mĂŞme si ce n’est pas le nec plus ultra.

"Nous avons besoin d'instruments de pilotage"
En revanche, il n’est pas inutile de tirer quelques leçons pour l’avenir. En matière de retraites, la principale est que nous avons besoin d’instruments de pilotage qui soient entre les mains d’un Conseil d’administration, ou de l’exĂ©cutif, et non du lĂ©gislateur. Celui-ci doit rĂ©aliser une rĂ©forme structurelle, dont la loi retraite de novembre 2010 rend l’Ă©tude obligatoire : qu’il fasse son travail, et dote l’instance chargĂ©e de la gestion conjoncturelle des instruments lui permettant de prendre des dĂ©cisions rapides lorsque, comme aujourd’hui, le besoin s’en fait sentir. Les ingĂ©nieurs des chantiers navals n’ont pas vocation Ă  remplacer les navigants.

Plus de moyens humains
Autre impĂ©ratif : avoir une Ă©quipe d’ingĂ©nieurs pour concevoir et construire le remplaçant de notre système de retraites archaĂŻque. Quand on veut prolonger de quelques dizaines de kilomètres une ligne Ă  grande vitesse, on met en place un groupe de travail comportant entre 100 et 400 ingĂ©nieurs et techniciens (2). Imagine-t-on que le chantier de la rĂ©forme des retraites est moins complexe que celui de 100 km de rails, d’alimentation et de signalisation adaptĂ©s au TGV ? Croit-on que les dix permanents qui travaillent pour le Conseil d’orientation des retraites, et les quelques spĂ©cialistes dispersĂ©s Ă  droite et Ă  gauche, sont en situation d’accomplir le gigantesque travail nĂ©cessaire ?

PrĂ©parer l’avenir autrement qu’en rafistolant notre système politique et social
Actuellement, la France subit et rĂ©agit. Or gouverner c’est anticiper. Si notre pays s’obstine dans sa myopie et dans son refus de prĂ©parer l’avenir autrement qu’en rafistolant le vieux rafiot qu’est notre système politique et social, alors notre refus de tirer sur l’ambulance n’aura servi Ă  rien, elle finira dans le ravin.

Jacques Bichot, Ă©conomiste et professeur Ă©mĂ©rite Ă  l’universitĂ© Lyon 3, est l'auteur, pour l'Institut Montaigne de :

- RĂ©forme des retraites : vers un big bang ?

Sur le mĂŞme sujet :

- RĂ©former les retraites : pourquoi et comment

(1) AccĂ©lĂ©rer le relèvement de l’âge auquel il est possible de prendre sa retraite sans dĂ©cote : 60 ans et 9 mois, au lieu de 60 ans et 8 mois, pour les personnes nĂ©es en 1952 ; 61 ans et 2 mois, au lieu de 61 ans, pour celles nĂ©es en 1953 ; 61 ans et 7 mois, au lieu de 61 ans et 4 mois, pour celles nĂ©es en 1954 ; et finalement 62 ans, au lieu de 61 ans et 8 mois, pour celles nĂ©es en 1955.

(2) 130 collaborateurs d’Eiffage pour le TGV Le Mans – Rennes ; et 430 de Vinci pour Tours - Bordeaux (Le Figaro du 17 octobre 2011).

Recevez chaque semaine l’actualité de l’Institut Montaigne
Je m'abonne