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Affaire Tapie, bis, ou ter !

 Philippe Manière
Auteur
Président-fondateur de Footprint > consultants

Alors qu’hier nous assistions à l’audition de Bernard Tapie au parlement, demain, Bercy lui fera un chèque… Nous sommes donc dans une situation pour le moins bizarre où, même si la commission des Finances de l’Assemblée nationale condamne l’arrangement que l’Etat a passé avec Bernard Tapie, l’Etat paye quand même !

Les rĂ©voltĂ©s de l’affaire Tapie
Cet arrangement est largement contestĂ©, non seulement par les socialistes ou par François Bayrou, mais aussi par des membres de la majoritĂ© qui sont interloquĂ©s, et parmi eux, de nombreux juristes. Mais pour ĂŞtre honnĂŞte, nul besoin d’ĂŞtre juriste pour penser que l’on ne demande pas un arbitrage dès lors que l’on se trouve en position de force devant les tribunaux…

Impossible rébellion
Plus Ă©tonnant, encore, le dĂ©bat reste dans les hautes sphères seules. Or, l’argent que l’on va donner Ă  Tapie est quand mĂŞme le nĂ´tre ! Il me semble donc lĂ©gitime que vous, moi, ou n’importe quelle association de contribuables, puisse attaquer la dĂ©cision de l’Etat de faire appel Ă  des arbitres. Pourtant, une telle dĂ©marche est apparemment impossible. « Contribuables et associĂ©s Â», par exemple, est en train de regarder l’affaire avec des avocats, mais vraisemblablement, en droit, les contribuables ne sont pas censĂ©s avoir « intĂ©rĂŞt Ă  agir Â» et ne peuvent, par consĂ©quent, pas attaquer. Un comble ! Le contribuable n’aurait pas « intĂ©rĂŞt Ă  agir Â» quand on distribue son argent.

Permettre les contentieux
Changeons cette ineptie : il faut que le citoyen puisse aller devant les tribunaux pour attaquer des dĂ©cisions suspectes qui nous coĂ»tent cher ! Craignez-vous que si l’on ouvre la porte, les recours se multiplient dans tous les coins ? Sur le papier, c’est mathĂ©matique : plus de possibilitĂ©s de contentieux crĂ©eront forcĂ©ment plus de contentieux. Mais d’abord, il est tout Ă  fait possible de les freiner en imposant des pĂ©nalitĂ©s Ă  ceux qui se plaignent de tout et n’importe quoi (c’est ce que l’on appelle les recours frivoles). Ensuite, les tribunaux peuvent Ă©galement freiner de leur cĂ´tĂ©. C’est le cas de la Cour SuprĂŞme amĂ©ricaine, saisie quotidiennement par des centaines de plaignants, qui fait un tri, pour ne garder que les plaintes qui paraissent importantes.

Liberté et utilité publiques
A ce niveau, pourtant, je pense que peu de tribunaux français oseraient dire « circulez, y’a rien Ă  voir… Â». Ce recours direct du citoyen n’est pas dans notre culture, très jacobine. D’ailleurs, la rĂ©forme constitutionnelle en cours va permettre Ă  chaque citoyen de demander son avis au Conseil constitutionnel quand il est partie Ă  un procès. Mais pas directement. On ne va donc pas tout Ă  fait jusqu’au bout de la libĂ©ralisation… Je pense pourtant que l’Etat a tort de rester crispĂ© sur ce sujet. D’abord parce que la possibilitĂ© de saisir les tribunaux est, somme toute, une forme de libertĂ© publique. Mais aussi parce que dans bien des cas, cela rendrait service au pouvoir qu’un simple citoyen fasse le boulot…Ainsi, si dans l’affaire Tapie, il n’est guère confortable pour Bercy d’agir, un Marcel Dugenou, serait nettement moins gĂŞnĂ© aux entournures…Pour tout dire, je crois que l’affaire Tapie est aussi rĂ©vĂ©latrice de ce cĂ´tĂ© très fermĂ©, très endogame et pas complètement dĂ©mocratique du système de dĂ©cision publique Ă  la française.

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