AccueilExpressions par Montaigne30 ans après la loi LĂ©otard, quel canal de dĂ©veloppement pour l’audiovisuel françaisLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne03/10/2016ImprimerPARTAGER30 ans après la loi LĂ©otard, quel canal de dĂ©veloppement pour l’audiovisuel françaisAuteur Blanche Leridon Directrice des Ă©tudes France de l’Institut Montaigne, spĂ©cialiste des questions dĂ©mocratiques et institutionnelles Le 30 septembre 1986, le Parlement adoptait la « Loi Léotard », pilier du fonctionnement de l'audiovisuel français. Trente après, la loi demeure mais s'applique dans un contexte radicalement différent. Le Gouvernement vient d'annoncer une hausse historique de son budget pour la culture en 2017 (+5,5 %, pour un budget total de 10 milliards d'euros), dont une part importante est destinée au financement de l'audiovisuel. Le budget de l'audiovisuel français atteindra ainsi 3,9 milliards d'euros, en augmentation de 1,6 % par rapport à 2016. Néanmoins, de nombreux défis interrogent la viabilité de notre système. Dispose-t-on du cadre législatif adapté aux ambitions de ce nouveau budget ? L'industrie audiovisuelle, chamboulée par la digitalisation et par l'internationalisation, évolue-t-elle dans un environnement adéquat ? Décryptage. Les trois piliers de la loi LĂ©otardLa loi du 30 septembre 1986 a instaurĂ© trois types de quotas, destinĂ©s Ă soutenir le financement et la diversitĂ© des programmes audiovisuels français : pour la contribution des chaĂ®nes de tĂ©lĂ©vision Ă la production audiovisuelle ; pour la diffusion des Ĺ“uvres originales françaises ; pour la production indĂ©pendante, enfin. Derrière ces trois outils, plusieurs objectifs : renforcer le financement des Ĺ“uvres, dĂ©velopper davantage de programmes français inĂ©dits sur les chaĂ®nes, dĂ©velopper un tissu diversifiĂ© de sociĂ©tĂ©s de production indĂ©pendantes et, enfin, promouvoir la diffusion d’œuvres originales françaises et europĂ©ennes.Maintes fois modifiĂ©s, les grands principes de cette loi restent malgrĂ© tout encore en vigueur aujourd’hui, dans un Ă©cosystème qui s’est pourtant largement ouvert et internationalisĂ©, et dont les usages ont Ă©tĂ© bouleversĂ©s par la rĂ©volution numĂ©rique et la multiplication des canaux de diffusion. Le fonctionnement par quotas a, très tĂ´t dans cette histoire de trente ans, favorisĂ© la concurrence et la dĂ©fiance mutuelle entre les producteurs et les diffuseurs. Elle a Ă©galement favorisĂ© un contexte peu propice Ă l’innovation et Ă la recherche de financements alternatifs, les producteurs Ă©tant assurĂ©s de bĂ©nĂ©ficier du soutien des chaĂ®nes. Autant d’élĂ©ments qui ont longtemps bloquĂ© le dĂ©veloppement de notre production audiovisuelle et sa compĂ©titivitĂ© Ă l’international. Des progrès rĂ©cents encourageantsAprès des annĂ©es de sous performance, la France a fait d’importants progrès en termes d’internationalisation : en 2015, elle a vendu 164,2 millions d’euros de programmes audiovisuels Ă travers le monde, soit une hausse de 7 % par rapport Ă 2014, selon les chiffres dĂ©voilĂ©s par le CNC et TV France international en septembre 2016. Depuis deux ans maintenant, nos exportations de sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es, de documentaires et de dessins animĂ©s dĂ©collent. Sans rivaliser avec nos concurrents amĂ©ricains ou scandinaves, le mouvement est encourageant. Il doit ĂŞtre consolidĂ© et pĂ©rennisĂ©. Cela nĂ©cessite un renforcement budgĂ©taire mais Ă©galement une rĂ©forme structurelle d’ensemble, pour donner Ă notre industrie audiovisuelle les moyens d’être encore plus compĂ©titive Ă l’export.La problĂ©matique budgĂ©taire Ă©volue de façon positive puisque France TĂ©lĂ©visions, qui lance d’ailleurs trois nouveaux labels de production interne de fiction, bĂ©nĂ©ficie d’une dotation en hausse de 1,5 % (+37,9 millions d’euros, pour une dotation totale de 2,5 milliards d’euros). Autre point positif, une augmentation substantielle du budget du CNC, avec une hausse des aides sĂ©lectives Ă l’export dĂ©diĂ©es aux programmes audiovisuels : de 1,7 million d’euros, elles seront doublĂ©es en 2017, Ă 3,4 millions.Pour un audiovisuel français encore plus compĂ©titif Si les moyens budgĂ©taires sont dĂ©bloquĂ©s, reste dĂ©sormais Ă en dĂ©terminer l’allocation optimale et Ă moderniser une rĂ©glementation aujourd’hui obsolète. L’Institut Montaigne propose pour cela de renforcer l’indĂ©pendance des producteurs Ă l’égard des diffuseurs en instaurant un critère de droit commun (moins de 50 % dĂ©tenu par le diffuseur). Cette clarification permettra de rĂ©duire la fracture entre diffuseurs et producteurs et favorisera l’émergence de champions nationaux sur la scène internationale. Pour une meilleure allocation des ressources, nous souhaitons aller plus loin encore, en crĂ©ant un fonds stratĂ©gique consacrĂ© Ă l’internationalisation de nos programmes audiovisuels. Pour faire rayonner l’excellence culturelle de nos programmes et l’attractivitĂ© de la France Ă l’international, nous proposons ainsi la fusion de TV France international et d’Unifrance au sein d’une structure unique, qui assurera la promotion des Ĺ“uvres françaises. Ces propositions font partie d’un plan d’ensemble prĂ©sentĂ© dans notre rapport Rallumer la tĂ©lĂ©vision : 10 propositions pour faire rayonner l’audiovisuel français. C’est Ă ces conditions seulement que la France pourra figurer dans le trio de tĂŞtes des pays exportateurs de programmes audiovisuels. ImprimerPARTAGER