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25 ans plus tard, les espoirs enterrĂ©s des accords d’Oslo

25 ans plus tard, les espoirs enterrĂ©s des accords d’Oslo
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Il y a 25 ans, Yitzhak Rabin, Premier ministre israĂ©lien, et Yasser Arafat, PrĂ©sident du comitĂ© exĂ©cutif de l’Organisation de LibĂ©ration de la Palestine (OLP) ont signĂ© Ă  Washington les accords d’Oslo, synonymes de reconnaissance mutuelle aprĂšs 45 ans de conflit et de crĂ©ation de l'AutoritĂ© palestinienne. En 2018, le processus de paix est au point mort et la solution Ă  deux Etats semble progressivement impossible.

Quel est le bilan de ces accords empreints d’optimisme ? A l’heure de l’anniversaire d’un tournant dans le conflit israĂ©lo-palestinien, qu’en est-il de la situation actuelle ? Dominique MoĂŻsi, conseiller spĂ©cial de l’Institut Montaigne, nous explique les enjeux de cet anniversaire.

Pouvez-vous nous rappeler quelle fut l'importance des accords d'Oslo au moment de leur signature en 1993 ainsi que les raisons principales de leur échec ?

La signature des accords d’Oslo intervient dans un contexte d’optimisme oĂč toutes les utopies semblaient rĂ©alisables : le mur de Berlin est tombĂ© en 1989, l’Allemagne est rĂ©unifiĂ©e, l’Apartheid est terminĂ© en Afrique du Sud et Nelson Mandela donne le sentiment que la rĂ©conciliation est possible partout. Qui aurait pu penser que cela serait arrivĂ© aussi vite ? 

C’est dans ce contexte que naissent les accords d’Oslo. Au dĂ©part, il ne s’agit que de projets formulĂ©s par des intellectuels marginaux face aux Ă©checs de l’ensemble des processus prĂ©cĂ©dents et qui envisagent une nouvelle mĂ©thode. Celle-ci trouve une concrĂ©tisation grĂące au dĂ©vouement personnel du ministre des affaires Ă©trangĂšres norvĂ©gien de l’époque, Johan Jörgen Holst. RĂ©trospectivement, la tentation est de dire que ces nĂ©gociations, difficiles, Ă©taient une utopie et une illusion dangereuse, tant les protagonistes, palestiniens comme israĂ©liens, ne semblaient prĂȘts Ă  cette paix.

Et pourtant, pour avoir participĂ© Ă  l’époque aux nĂ©gociations secrĂštes sur la statut de JĂ©rusalem, rien n’est moins sĂ»r. Les deux parties Ă©taient certes en dĂ©saccord sur presque tout, mais ils ne restaient pas moins passionnĂ©ment engagĂ©s dans la cause de la paix, comme des cousins. 

Et pour quel résultat ?

Les nĂ©gociations ont Ă©tĂ© portĂ©es au plus haut niveau par Yitzhak Rabin, Premier ministre israĂ©lien, Shimon Peres, ministre des Affaires Ă©trangĂšres israĂ©lien, et Yasser Arafat, PrĂ©sident du comitĂ© exĂ©cutif de l'OLP. L’assassinat, en 1995, de Yitzhak Rabin, restera comme l’un des grands tournants de la fin du XXe siĂšcle. Il Ă©tait le seul Ă  pouvoir convaincre les IsraĂ©liens que rien ne valait la paix et qu’il fallait stopper la violence, d’un cĂŽtĂ© comme de l’autre. Plus rien n’a Ă©tĂ© pareil par la suite. Shimon Peres n’avait pas la mĂȘme autoritĂ© car peu apprĂ©ciĂ© Ă  l’époque par l’opinion publique, ne devenant le pĂšre de la Nation que 20 ans plus tard. Yasser Arafat, pour sa part, n’était pas prĂȘt Ă  davantage de compromis. 

Oslo a donc Ă©tĂ© une utopie qui aurait pu marcher, mais l’assassinat de Yitzhak Rabin a fait regresser ces accords Ă  l’étape d’utopie, donnant directement lieu Ă  l’élection de Benjamin Netanyahu et Ă  l’exercice en IsraĂ«l d’un pouvoir davantage nationaliste, religieux et aucunement prĂȘt au compromis avec les Palestiniens. Cette situation n’a que peu Ă©voluĂ© depuis.

Comment voyez-vous l'avenir du dialogue israĂ©lo-palestinien au vu des derniers dĂ©veloppements que sont le transfert de l'ambassade des Etats-Unis Ă  JĂ©rusalem, l’arrĂȘt des fonds amĂ©ricains pour l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les rĂ©fugiĂ©s de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), la nouvelle loi en IsraĂ«l faisant du pays un Etat officiellement juif, etc. ?

Les derniers dĂ©veloppements de la politique amĂ©ricaine ont dĂ©finitivement enterrĂ© les espoirs suscitĂ©s par les accords d’Oslo. Ces accords Ă©taient l’incarnation d’une croyance en une coexistence de deux Etats dans la paix, l’équilibre et l’harmonie, avec deux capitales situĂ©es Ă  JĂ©rusalem.

L’AmĂ©rique de Trump a contribuĂ© Ă  rendre impossible la solution Ă  deux Etats, rejoignant idĂ©ologiquement la politique de Benjamin Netanyahu et s’opposant frontalement Ă  l’esprit des accords d‘Oslo. On peut dire que la politique actuelle des Etats-Unis ne fait que conforter une Ă©volution Ă©talĂ©e dans le temps, accompagnant la politique d’occupation israĂ©lienne, l’élargissement territorial ayant rendu caduque sinon extraordinairement difficile la solution Ă  deux Etats. 

En rĂ©alitĂ©, le dĂ©clenchement de la deuxiĂšme intifada initiĂ©e en 2000 reprĂ©sente Ă©galement l’échec de la gauche israĂ©lienne qui, quant Ă  elle, croyait Ă  la paix et s’est sentie trahie par cette seconde intifada. Le dĂ©sĂ©quilibre de plus en plus croissant des forces liĂ© Ă  la division du camp palestinien a Ă©galement contribuĂ© Ă  rendre la solution Ă  deux Etats de plus en plus hypothĂ©tique. Le vague espoir qui restait a Ă©tĂ© aujourd’hui enterrĂ© par l’évolution de la politique amĂ©ricaine, totalement alignĂ©e sur les positions dĂ©fendues par le gouvernement de Benjamin Netanyahu.

En rĂ©alitĂ© aujourd’hui, mĂȘme si on ne le dit pas ouvertement, la solution Ă  deux Etats n’existe plus

Pensez-vous que d'autres puissances telles que la France ou mĂȘme la Russie ou la Turquie, voire l'Union europĂ©enne, pourraient prendre le relais des Etats-Unis, et mener de nouvelles nĂ©gociations de paix ?

MalgrĂ© la relation trĂšs Ă©troite qu’entretiennent les Etats-Unis avec IsraĂ«l, d’autres pays jouent Ă©galement un rĂŽle auprĂšs de l’Etat hĂ©breu, au premier rang desquels la Russie. Vladimir Poutine et Benjamin Netanyahu ont en effet dĂ©veloppĂ© une relation de confiance qui se comprend d’autant mieux que leur proximitĂ© intellectuelle s’explique par leurs origines communes en Europe de l’Est. Cette proximitĂ© se double d’une vision commune, dans les rĂ©serves qui sont les leurs Ă  l’égard de la dĂ©mocratie, comme dans une croyance ferme en la loi du plus fort.

D’autres puissances asiatiques dĂ©veloppent Ă©galement leurs relations avec IsraĂ«l, qu’il s’agisse de la Chine, de l’Inde ou mĂȘme du Japon. Face Ă  cette dynamique, le problĂšme des EuropĂ©ens est qu’ils restent dĂ©pendants de cette partie du monde. Que ce soit pour des raisons gĂ©ographiques, historiques ou encore dĂ©mographiques, cette dĂ©pendance influence leur relation avec IsraĂ«l tout comme leur inaction dans le conflit israĂ©lo-palestinien. 

D’un cĂŽtĂ©, les Palestiniens, trop déçus par de nombreuses promesses non-tenues, ne croient plus en Europe. De l’autre, les IsraĂ©liens originaires d’Europe, non seulement ne croient pas en l’Europe, mais ne voudraient pour rien au monde devoir dĂ©pendre Ă  nouveau de ce continent pour leur sĂ©curitĂ©. Le traumatisme est profond entre les juifs et l’Europe, qu’il s’agisse de la Shoah mais auparavant, des pogroms et de l’affaire Dreyfus. 

Si la majoritĂ© actuelle ne laissera aucun pays se substituer aux Etats-Unis dans la relation privilĂ©giĂ©e avec IsraĂ«l, c’est d’autant plus difficile pour un pays europĂ©en comme la France de se prĂ©senter comme une alternative crĂ©dible ou, a minima, un partenaire de confiance.

Il faut partir de l’idĂ©e que nous ne sommes pas lĂ  pour rĂ©soudre le conflit mais pour limiter les risques d’une Ă©ventuelle nouvelle hausse des violences et d’une instabilitĂ© accrue. Le printemps dernier pourtant, Ă  la frontiĂšre de Gaza, les centaines de victimes palestiniennes n’ont pas provoquĂ©, en retour, de mouvement similaire Ă  une intifada. La fatigue et le dĂ©sespoir semblent pour le moment l’emporter sur la volontĂ© de rĂ©volte. A l’image d’un cancer qui se dĂ©velopperait sans qu’un traitement ne soit apportĂ©, le conflit israĂ©lo-palestinien risque de s’envenimer, d’autant plus que les civils arabes israĂ©liens sont, depuis la derniĂšre loi sur l'Etat-nation, devenus des citoyens de seconde zone.

 

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